MINISTèRE DE LA JEUNESSE, DE L’éDUCATION NATIONALE ET DE LA RECHERCHE

 

éCOLE PRATIQUES DES HAUTES éTUDES

Sciences de la Vie et de la Terre

 

MéMOIRE

 

Présenté par

 

Cécile RICHARD

 

Pour l’obtention du diplôme de l’École Pratique des Hautes Études

 

Titre :

 

MISE AU POINT DE LA TECHNIQUE DE PAM (PULSE AMPLITUDE MODULATION) FLUORIMéTRIE POUR LA MESURE DES PARAMèTRES PHOTOSYNTHéTIQUES DES SCLéRACTINIAIRES à ZOOXANTHELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Directeur d’Études EPHE : Michel PICHON pichon@univ-perp.fr

 Laboratoire des Écosystèmes aquatiques tropicaux & méditerranéens, Perpignan

 

Responsable extérieur : Christine FERRIER-PAGèS ferrier@centrescientifique.mc

Centre Scientifique de Monaco

MISE AU POINT DE LA TECHNIQUE DE PAM (PULSE AMPLITUDE MODULATION) FLUORIMéTRIE POUR LA MESURE DES PARAMèTRES PHOTOSYNTHéTIQUES DES SCLéRACTINIAIRES à ZOOXANTHELLES

 

Cécile Richard

 

Résumé

La PAM (pulse amplitude modulation) fluorimétrie est une technique de mesure de la photosynthèse récemment introduite en écophysiologie corallienne. Ce travail présente la mise au point et l’optimisation de la technique appliquée aux zooxanthelles, Dinoflagellés vivant en symbiose avec les Scléractiniaires (coraux). Le principe repose sur la mesure de la fluorescence de la chlorophylle a du photosystème II qui permet de déterminer l’efficacité photosynthétique. Pour réaliser ce travail, nous avons utilisé un fluorimètre submersible, le DIVING-PAM, permettant des mesures instantanées aussi bien en laboratoire qu’in situ et de façon non-intrusive.

La PAM fluorimétrie a été abordée via deux approches complémentaires : expérimentale et appliquée. Les différentes expériences réalisées se sont intéressées à l’effet des changements environnementaux sur le fonctionnement de la photosynthèse des coraux tropicaux et méditerranéens.

Ainsi, nous avons démontré qu’une exposition à court terme (5h) des coraux tropicaux à une augmentation croisée de la température et des UV affecte leur efficacité photosynthétique. Par contre, une exposition prolongée aux UV (2 semaines) a induit une meilleure thermotolérance des coraux. Pour les coraux méditerranéens, les résultats ont révélé que, seule une augmentation prolongée de la température (3 semaines) affecte les capacités photosynthétiques des zooxanthelles, celles-ci étant capables de tolérer des augmentations de température rapides et intenses (5h, 29°C). De même, l’incubation de coraux méditerranéens à différents éclairements a permis de mettre en évidence de très bonnes capacités photosynthétiques aux forts éclairements, pratiquement comparables aux coraux tropicaux, grâce à la mise en place rapide de mécanismes de photoprotection.

Par ailleurs, nous nous sommes intéressés aux utilisations appliquées de la PAM fluorimétrie. L’efficacité photosynthétique des zooxanthelles peut, dans certaines conditions, être considérée comme un marqueur de stress des coraux. Ainsi, les mesures régulières de l’efficacité photosynthétique réalisées sur les coraux cultivés au CSM, ont permis de caractériser un épisode d’inhibition généralisée de la photosynthèse et d’orienter les recherches des facteurs ayant induit cette inhibition. Cette approche est particulièrement intéressante puisqu’il s’agit de la seule méthode permettant d’estimer l’état de santé des coraux de façon non-intrusive.

Ce travail a donc permis de mettre en application une nouvelle technique de mesure de la photosynthèse des coraux aussi bien au niveau expérimental qu’au niveau du suivi de l’état de santé des colonies de coraux maintenues en aquariums.

 

Mots-clés : Scléractiniaires – Coraux – Dinoflagellés – Zooxanthelles – PAM – Fluorescence – Chlorophylle a – Photosynthèse – Symbiose

 

TABLE DES MATIÈRES

 

Résumé                                                                                                                                   2

Liste des abréviations                                                                                                              4

Introduction                                                                                                                             5

CHAPITRE 1. LES CORAUX ET LA SYMBIOSE                                                        7

1.1. Les récifs coralliens                                                                                                   7

1.1.1. Présentation et répartition                                                                         7

1.1.2. L’importance des récifs coralliens                                                             8

1.1.3. État de santé des récifs coralliens en 2006 : perturbations anthropiques et changements climatiques globaux         9

1.1.4. L’impact des changements climatiques globaux sur les coraux méditerranéens          11

1.2. Taxonomie et anatomie des Scléractiniaires                                                            13

1.2.1. Position taxonomique                                                                              13

1.2.2. Anatomie                                                                                                  14

1.2.3. Les espèces étudiées                                                                                15

1.3. La symbiose corail/dinoflagellés                                                                             18

1.3.1. La symbiose                                                                                             18

1.3.2. Les zooxanthelles                                                                                     19

1.3.3. Le blanchissement                                                                                   20


Liste des abréviations

ATP : adénosine triphosphate

CaCO3 : carbonate de calcium

chl  : chlorophylle

CSM : Centre Scientifique de Monaco

∆F : fluorescence variable à un éclairement donné (= Fm¢ – F)

∆F/Fm¢ : efficacité photosynthétique effective

E : éclairement

Ek : valeur d’éclairement saturant

ETR : taux de transport d’électrons (electron transport rate)

F : valeur stable de fluorescence à un éclairement donné

F0 : fluorescence minimale

Fm : fluorescence maximale

Fm¢ : fluorescence maximale à un éclairement donné

Fv : fluorescence variable (= Fm – F0)

Fv/Fm : efficacité photosynthétique maximale

MAP : Mehler ascorbate peroxidase

NADP+ : nicotinamide adénine dinucléotide phosphate oxydé

NADPH : nicotinamide adénine dinucléotide phosphate réduit

NPQ : quenching non-photochimique (non-photochemical quenching)

O2 : dioxygène

P/E : photosynthèse/éclairement

PAM : pulse amplitude modulation

PAR : radiations actives photosynthétiquement (photosynthetically active radiations)

Pb O2 : production brute de dioxygène

pCO2 : pression partielle en dioxyde de carbone

PSI : photosystème I

PSII : photosystème II

QA : quinone A, accepteur primaire du photosystème II

QB : quinone B, accepteur secondaire du photosystème II

qE : quenching énergétique

qI : quenching de photooinhibition

qT : quenching de transition

REC : récupération (recovery)

RLC : rapid light curve

RubisCO : ribulose bis phosphate carboxylase oxygénase

UV : ultra-violets

 

Introduction

Les récifs coralliens, écosystèmes dominants des régions tropicales, ont une biodiversité et une productivité exceptionnelles par rapport aux eaux oligotrophes environnantes. Cependant, depuis quelques dizaines d’années, ils subissent des dégradations sans précédent, attribuées d’une part aux perturbations anthropiques et d’autre part aux changements climatiques globaux (Wilkinson, 2004). Les principaux acteurs de ces récifs sont les Scléractiniaires zooxanthellés, communément appelés coraux[1]. Ces coraux, caractérisés par leur symbiose avec des dinoflagellés photosynthétiques (les zooxanthelles), n’ont pas encore révélé tous leurs secrets écologiques et physiologiques et font l’objet de nombreuses études, sur le terrain ou dans les laboratoires. Alors que leur fonctionnement normal n’est pas entièrement connu, les perturbations récentes affectant les récifs coralliens poussent les équipes de recherche à étudier en urgence la réaction des coraux face à ces pressions locales et/ou globales. L’état de santé des coraux dépend de nombreux paramètres, mais leur association symbiotique avec les zooxanthelles semble être la clé de leur survie (Muller-Parker & D’Elia, 1997). Tout facteur affectant l’efficacité de la relation symbiotique a un effet sur les Scléractiniaires zooxanthellés et donc sur la productivité des récifs coralliens (Glynn, 1996). Parmi les facteurs affectant l’association, l’augmentation globale de la température des océans, le plus souvent en combinaison avec d’autres facteurs (UV, pCO2…), induit des phénomènes de blanchissement des coraux conduisant à des épisodes de mortalité à grande échelle. Le blanchissement est une réponse des coraux aux stress environnementaux qui déclenchent une série de mécanismes cellulaires terminée par la rupture de l’association symbiotique entraînant une perte des zooxanthelles et donc une décoloration des tissus (Lesser, 2004).

L’étude de ce phénomène complexe a nécessité l’introduction de nouvelles techniques en écophysiologie des coraux dont la PAM fluorimétrie (Pulse Amplitude Modulation), technique non-intrusive qui permet l’étude du photosystème II des zooxanthelles, siège des réactions photosynthétiques de l’association symbiotique. Cette technique est devenue en quelques années, notamment grâce au développement d’appareils submersibles, une méthode efficace et relativement peu onéreuse pour collecter des données sur les performances photosynthétiques des zooxanthelles. Alors que les premières études ont démontré que la PAM fluorimétrie appliquée aux coraux fournissait de nombreuses informations sur l’état de santé des symbiotes, cette technique n’est pas sans limites. En effet, les données de fluorescence doivent être interprétées avec précautions étant donné les nombreuses explications biochimiques possibles. Dans certains cas, l’étude de la fluorescence doit être complétée par d’autres techniques afin de discerner les mécanismes impliqués.

 

Ce mémoire est le fruit de quatre années de recherches bibliographiques, techniques et scientifiques autour de la PAM fluorimétrie associée aux coraux.

La première grande étape de ce travail a été la compréhension des principes écologiques, biochimiques et physiques liés à cette thématique relativement récente : le premier chapitre expose l’écologie et la biologie de l’association symbiotique entre les coraux et les zooxanthelles et permet de rappeler le contexte global des récifs coralliens en 2006. Le second chapitre est consacré à la photosynthèse, processus biochimique fondamental permettant aux végétaux de transformer l’énergie lumineuse en composés utilisables par les animaux. Ce chapitre décrit en particulier les réactions photochimiques qui se déroulent au niveau du photosystème II, site d’étude de la PAM fluorimétrie. Le troisième chapitre commence par exposer, le plus clairement possible, les principes de base de la PAM fluorimétrie et décrit ensuite les différents paramètres utilisés au cours de ce travail.

La deuxième étape de l’étude a consisté à optimiser les mesures effectuées en fonction des modèles étudiés ou des conditions environnementales, naturelles ou artificielles et fait l’objet du chapitre 4. Paramètre par paramètre, ce chapitre indique les différents réglages et mises au point expérimentales nécessaires à l’obtention de résultats fiables et exploitables aussi bien en laboratoire qu’in situ et illustre, au travers d’exemples, les protocoles de mesures utilisés dans les expérimentations réalisées au cours de travail.

La troisième étape a été d’appliquer les connaissances pratiques et théoriques à des expériences précises, in situ ou en aquariums. En effet, le développement de la PAM fluorimétrie au sein du Centre Scientifique de Monaco a engendré de nombreuses études aussi bien pour le suivi de l’état de santé des coraux que pour l’étude fondamentale des réponses physiologiques des coraux face aux changements environnementaux. L’interprétation des résultats obtenus est une étape capitale, mais délicate, en raison des mécanismes complexes qui régissent le fonctionnement de la photosynthèse des zooxanthelles. Le chapitre 5 expose différentes applications de la PAM fluorimétrie en écophysiologie corallienne. Parmi celles-ci, la comparaison avec les mesures de production d’oxygène, traditionnellement utilisées pour étudier la photosynthèse des zooxanthelles, s’est révélée être une étape importante dans la compréhension des données de PAM fluorimétrie. De plus, le chapitre 5 précise les modalités de l’utilisation du PAM fluorimètre comme outil de diagnostic de « l’état de santé des coraux ».

Pour finir, les annexes illustrent au travers des publications scientifiques, les expériences où la mesure des performances photosynthétiques des zooxanthelles a permis d’apporter des informations nouvelles sur la physiologie des coraux.


Chapitre 1 : Les coraux et la symbiose

 

1. 1 Les récifs coralliens

1. 1. 1. Présentation et répartition

Les récifs coralliens forment un des plus spectaculaires mais aussi un des plus complexes écosystèmes de la planète en regroupant à la fois une composante biologique (coraux et organismes associés) et une composante géologique (structures récifales). En effet, les récifs sont composés de formations biominérales calcaires (CaCO3) sécrétées par les coraux et les algues calcaires pour la formation de leur squelette. Ainsi, le terme « récif corallien » désigne les formations calcaires et les communautés biologiques associées.

Leur distribution Nord-Sud est délimitée par l’isotherme 19°C, zone qui se retrouve étendue par le réchauffement global des océans.

Les coraux constructeurs de récifs (donc hermatypiques, voir 1.2.1.) sont les principaux représentants des récifs coralliens. Ces coraux sont aussi couramment appelés coraux zooxanthellés en raison de la présence de Dinoflagellés endosymbiotiques appelés zooxanthelles à l’intérieur de leurs cellules. Les zooxanthelles transfèrent jusqu’à 97% de leurs photosynthétats aux cellules hôtes du corail (Muscatine, 1990). En retour, le corail fournit aux zooxanthelles des composés azotés, des phosphates et du CO2 métabolique (Davies, 1984). C’est cette relation symbiotique très particulière, qui implique un recyclage des nutriments et un couplage entre les niveaux trophiques qui est à l’origine du succès écologique des coraux constructeurs de récifs (Muller-Parker & D’Elia, 1997).

Cependant, la présence de ces organismes photosynthétiques limite la distribution des coraux aux zones d’éclairement important. Ainsi, leur distribution verticale s’étend de la surface jusqu’à environ 100 mètres de profondeur (Goreau & Wells, 1973), la limite inférieure de cette distribution variant en fonction des conditions de turbidité.

Ils recouvrent dans leur totalité 617 000 km2 soit  seulement 0,19% de la surface des océans (Smith, 1978). Les récifs coralliens sont donc rares, mais ils représentent une ressource écologique et économique essentielle à l’échelle mondiale. En effet, la diversité biologique y est une des plus élevée au monde avec celle des forêts tropicales et ils abritent à eux seuls environ 25% des espèces marines recensées (Hoegh-Guldberg, 1999). De plus, les récifs coralliens procurent des bénéfices directs aux populations croissantes des pays situés dans les faibles latitudes, qui sont pour la plupart des pays en développement (voir 1.1.2.). On estime que 500 millions de personnes dépendent directement ou indirectement des ressources provenant des récifs coralliens et que 30 millions parmi les personnes les plus pauvres de la planète dépendent exclusivement des récifs pour leur alimentation. Cependant, ce chiffre pourrait doubler d’ici 50 ans (Wilkinson, 2004).

La distribution biologique des coraux constructeurs de récifs peut être divisée en deux grandes provinces : la province Atlantique (dont la zone Caraïbes est la région la plus étendue), qui  regroupe environ 15% des espèces de coraux, et la province Indo-Pacifique qui rassemble plus de 85% des espèces de coraux. Ces deux provinces présentent peu d’espèces en commun et le maximum de diversité se situe dans le Sud-Est asiatique.

 

1. 1. 2. L’importance des récifs coralliens

Les récifs coralliens rendent de nombreux services aux hommes ainsi qu’à l’équilibre de la biosphère. Le premier « service rendu » par les récifs est sans aucun doute la protection physique des côtes, des autres écosystèmes, et des installations humaines contre les vagues et les cyclones, ainsi que cela a été mis en évidence en décembre 2004 dans l’Océan Indien pendant le tsunami dévastateur (UNEP-WCMC, 2006). Par ailleurs, les hommes utilisent les récifs et les produits du récif pour diverses raisons. La première consiste en l’exploitation des ressources vivantes pour l’alimentation, la recherche et l’utilisation de composés intéressant l’industrie pharmaceutique, l’aquariophilie ou encore l’ornementation (coquillages). Les structures récifales sont utilisées par ailleurs comme matériau de construction pour la fabrication des habitations locales. Enfin, en raison de leur immense beauté et de leur caractère exotique, les récifs coralliens sont devenus une destination touristique incontournable engendrant ainsi des bénéfices économiques importants (plongée sous-marine, croisières…). En plus de ces services « économiques », les récifs coralliens rendent des services « écologiques » moins évidents au premier abord. En effet, en plus de leur forte contribution à la biodiversité, ils jouent un rôle très important dans les cycles de l’azote, du phosphore et du carbone à l’échelle mondiale. De plus, grâce à la diversité de forme des squelettes des Scléractiniaires, les récifs procurent des abris et des nurseries idéaux pour de nombreuses espèces et contribuent ainsi à la forte diversité de ces écosystèmes.

 

 

 

 

1. 1. 3. État de santé des récifs coralliens en 2006 : perturbations anthropiques et changements climatiques globaux

L’habitat naturel des récifs coralliens, en particulier celui des récifs frangeants situés à la jonction de la terre, la mer et l’air est par nature très changeant (variation des conditions physico-chimiques) et est donc un environnement potentiellement stressant pour ses occupants. Pour faire face à ces perturbations naturelles, les organismes récifaux ont développé des mécanismes d’adaptation au cours du temps et prospèrent ainsi au fil des alternances destruction/récupération. Cependant, l’augmentation récente des dégradations et des épisodes de mortalité dans les récifs coralliens (« crise » des récifs, Buddemeier et al., 2004) démontre que le taux et la nature des changements environnementaux actuels excèdent de plus en plus fréquemment les capacités adaptatives des organismes récifaux. On estime actuellement que 20% des récifs du monde ont été irrémédiablement détruits (Wilkinson, 2004).

La crise actuelle que traversent les récifs est très certainement le résultat d’interactions complexes entre les stress anthropiques et les stress liés aux changements climatiques globaux (Knowlton, 2001). Ces deux catégories peuvent induire des stress chroniques ou aigus de façon directe ou indirecte, ne laissant aux récifs coralliens que peu ou pas d’espaces hospitaliers pour se développer sainement. Les perturbations anthropiques incluent notamment :

-       les prélèvements inconsidérés d’organismes ou de matériaux coralliens (surpêche), souvent avec des méthodes destructives (pêche au cyanure, à la dynamite),

-       les pollutions de toutes sortes et particulièrement l’enrichissement des eaux côtières en nutriments et autres substances toxiques (mauvaises pratiques agricoles, exploitations minières),

-       l’augmentation de la charge sédimentaire apportée par les rivières,

-       la destruction directe de l’habitat corallien lors de la construction de ports et d’aérodromes, de remblaiement des zones coralliennes et lagonnaires frangeantes, éventuellement d’échouages de bateaux sur les récifs.

 

Le rapport 2004 sur l’état de santé des récifs (Wilkinson, 2004) indique que 24% des récifs dans le monde sont actuellement en grave danger de destruction du fait des impacts des activités humaines et que 26% le seront également dans l’avenir. Cependant, la cause la plus importante de dégradation des récifs au cours de la dernière décennie a été la mortalité des coraux suite à des phénomènes de blanchissement induits par les changements climatiques globaux (voir 1.3.3. pour les détails du mécanisme).

Un des facteurs principaux des ces changements climatiques affectant les organismes récifaux est l’augmentation de la température des océans. Dans le rapport IPCC de 2001 (Intergovernmental Panel on Climate Change), il est fait référence à une élévation de 0,4 à 0,8°C de la température moyenne de l’atmosphère depuis la fin du 19ème siècle et une augmentation de 1 à 3°C est prévue d’ici à 2100. L’IPCC attribue une part substantielle de cette augmentation à l’élévation des concentrations en gaz à effet de serre dans l’atmosphère (McCarthy et al., 2001).

De façon chronique, cette augmentation de la température affecte directement les populations récifales en augmentant par exemple la fréquence des épisodes de blanchissement des coraux (voir Hoegh-Guldberg, 1999 pour revue) et indirectement en augmentant la fréquence des épidémies et en faisant apparaître des espèces invasives perturbant l’équilibre écologique des écosystèmes. De façon ponctuelle, l’augmentation de la température est impliquée dans des événements climatiques exceptionnels à l’échelle mondiale comme El Niño. Ainsi lors de l’épisode El Niño de 1998, 16% des récifs du monde ont été détruits suite à un phénomène de blanchissement généralisé (Wilkinson, 2004).

D’autres épisodes de blanchissement, plus ou moins marqués, ont été recensés depuis, notamment en 2002 où environ 60% des coraux du parc marin de la Grande Barrière de corail ont été affectés (Berkelmans et al., 2004). Les rapports précisent que ces événements sont susceptibles de se reproduire bien plus fréquemment dans les 50 ans à venir (Wilkinson, 2004).

 

Bien que les anomalies thermiques soient la cause principale du blanchissement des coraux, d’autres facteurs environnementaux, notamment ceux affectés par les activités anthropiques, peuvent avoir une action synergique avec la température et diminuer encore plus la tolérance des coraux. Ainsi, les radiations lumineuses représentent le premier facteur ayant une action significative dans le blanchissement des coraux lié au stress thermique, aussi bien dans leur composante visible (photosynthetically active radiations, PAR, 400-700 nm ; Dunne & Brown, 2001), qu’ultra-violette (UV, 290-400 nm ; Shick et al., 1996). Depuis ces dernières années, le niveau de radiations UV à la surface des océans a considérablement augmenté en raison de l’amincissement de la couche d’ozone suite aux rejets anthropiques de gaz CFC (chlorinated fluorocarbons). Les propriétés optiques des eaux tropicales permettent aux rayonnements UV de pénétrer jusqu’à une profondeur de plus de 15 m et d’atteindre la plupart des récifs coralliens (Gleason & Wellington, 1993 ; Lesser, 2000). Les UV ont la capacité d’affecter la photosynthèse et la croissance des zooxanthelles (Shick et al., 1996) en entraînant des altérations au niveau de l’ADN, des protéines et des lipides. Une partie de notre travail a consisté à utiliser la technique de PAM fluorimétrie dans le but étudier l’effet des radiations UV combinées à un stress thermique sur la photosynthèse des coraux (Annexe 4).

 

Un autre facteur des changements globaux affectant les récifs coralliens est l’augmentation rapide et importante de la concentration en dioxyde de carbone (pCO2) dans l’atmosphère en raison des rejets croissants liés aux activités humaines. Les océans absorbent environ un tiers des rejets anthropiques de CO2, ce qui entraîne des changements significatifs dans la chimie de l’eau de mer, et affecte la calcification des organismes récifaux (Houghton et al., 2001). En effet, une augmentation de la pCO2 induit une acidification des océans et une diminution de la concentration en carbonates utilisés par les coraux et les autres organismes calcificateurs pour élaborer leur squelette calcaire. Le rapport IPCC de 2001 indique que la pCO2 atmosphérique est passée de 280 ppm en 1880 à 367 ppm en 2000 (Houghton et al., 2001) et pourrait atteindre la valeur alarmante de 1099 ppm en 2100 (McCarthy et al., 2001). Des études menées en laboratoire ont démontré qu’un doublement de la concentration actuelle en CO2 atmosphérique entraînerait une diminution du taux de calcification de 11 à 37% chez les coraux et de 16 à 44% chez les algues calcaires (Gattuso et al., 1999 ; Marubini et al., 2003).

Suite à un épisode de fortes mortalités, les communautés de coraux peuvent être remplacées par des algues et d’autres organismes non récifaux comme c’est le cas dans la région Caraïbe où la plupart des espèces de coraux constructeurs de récifs ont été décimées par des maladies (Wilkinson, 2004). D’une manière générale, les récifs éloignés des côtes sont principalement affectés par les changements climatiques alors que les récifs côtiers subissent en plus les stress d’origine anthropique.

 

1. 1. 4. L’impact des changements climatiques globaux sur les coraux méditerranéens

Les changements climatiques récents affectent tous les écosystèmes y compris les écosystèmes marins méditerranéens. Ainsi, Walther et ses collaborateurs ont décrit une augmentation moyenne en Méditerranée de 0,3 à 0,7°C depuis ces cent dernières années (Walther et al., 2002). En ce qui concerne les températures de l’eau, ce réchauffement est caractérisé par deux types d’anomalies positives enregistrées pendant les périodes estivales de ces dix dernières années et plus particulièrement en 1999, 2003 et 2005 :

-                 Des augmentations de température sur une courte durée (entre quelques heures et quelques jours) mais d’amplitude élevée (jusqu’à 4°C au-dessus de la température moyenne normalement enregistrée en été). Ainsi, pendant l’été 2003, des variations allant jusqu’à 7,5°C ont été enregistrées sur quelques heures dans les eaux du parc national de l’île de Port-Cros (Harmelin, 2004).

 

-                 Des augmentations prolongées de température (plusieurs semaines) mais d’amplitude modérée (1 à 2°C au dessus de la température estivale normale). Ces augmentations de longue durée sont de plus accompagnées d’une stabilité des conditions météorologiques (absence de vent et de courant) qui a pour conséquence un déplacement vers le bas de la thermocline (limite entre les masses d’eaux froide et chaude). Ainsi, au cours de l’été 1999, des températures atteignant 23°C à 35 mètres de profondeur ont été enregistrées pendant plus d’un mois dans les golfes de Gênes et de Marseille (Cerrano et al., 2000 ; Romano et al., 2000).

 

Parallèlement à ces augmentations anormales de température, plusieurs épisodes de mortalité massive d’organismes benthiques ont été décrits en Méditerranée au cours de ces dix dernières années, affectant les éponges (Cerrano et al., 2001), les gorgones (Cerrano et al., 2000 ; Garrabou et al., 2001) ou encore les coraux (Rodolfo-Metalpa, 2000 ; 2005). La réponse de ces derniers aux variations environnementales est encore méconnue et fait l’objet d’une partie de cette étude réalisée dans le cadre de la thèse de Rodolfo-Metalpa (voir 5.2. et Annexes 2 & 3).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. 2. Taxonomie et anatomie des Scléractiniaires

1. 2. 1. Position taxonomique

Les Scléractiniaires appartiennent à l’embranchement des Cnidaires, la classe des Anthozoaires et la sous-classe des Hexacoralliaires.

Les Cnidaires sont des animaux essentiellement marins, solitaires ou coloniaux, pélagiques ou benthiques. On les retrouve dans toutes les mers et océans du monde. Ce sont des organismes diploblastiques, c’est-à-dire constitués de deux feuillets cellulaires, l’ectoderme et l’endoderme séparés par une couche de mésoglée. Ils possèdent une symétrie radiaire d’ordre 4 ou 6. La plupart des Cnidaires passe par deux phases successives au cours de leur cycle de vie : la phase fixe (polype) et la phase libre (méduse). Le corps a la forme d’un sac (polype) ou d’une ombrelle (méduse) à double paroi s’ouvrant vers l’extérieur par un orifice unique, la bouche. La paroi ectodermique contient des cellules urticantes appelées cnidoblastes caractéristiques de l’embranchement qui en tire son nom. La paroi endodermique, en continuité avec l’ectoderme au niveau de la bouche, tapisse la cavité gastrique appelée aussi cœlenteron.

Les Anthozoaires ont la particularité de ne pas présenter le stade méduse au cours de leur cycle de vie. Ce sont des organismes solitaires (anémones) ou coloniaux (certains coraux) caractérisés par un stade larvaire libre et cilié (planula) et un stade polype, qui correspond à la phase adulte et sexuée. La paroi ectodermique s’invagine pour former un pharynx (stomodeum) qui s’intercale entre le cœlenteron et l’orifice buccal. à la symétrie radiaire se superpose une symétrie bilatérale du fait de l’aplatissement du pharynx. Le cœlenteron est divisé par des cloisons endodermiques radiaires, les mésentères, rattachées au pharynx dans leur partie supérieure.

 

Les Hexacoralliaires possèdent 6 ou n x 6 cloisons et un nombre égal de tentacules disposés en cercles concentriques autour de la bouche.

 

Les Scléractinaires sont pour la plupart des organismes sessiles (incapables de se déplacer), solitaires ou coloniaux, c’est-à-dire constitués d’un ou de plusieurs polypes. Les polypes sécrètent un squelette calcaire (aragonite) qui participe ou non à l’élaboration des récifs coralliens. Une terminologie spécifique est utilisée pour caractériser les espèces de coraux en fonction de la présence ou non de zooxanthelles et de leur capacité à édifier des récifs coralliens (Schuhmacher & Zibrowius, 1985) :

-                 Un corail zooxanthellé possède des Dinoflagellées endosymbiotiques, les zooxanthelles ; il peut être aussi qualifié de symbiotique.

-                 Un corail azooxanthellé ne possède pas de zooxanthelles ; il est alors qualifié du terme asymbiotique. Certaines espèces de coraux comprennent à la fois des individus azooxanthellés et des individus zooxanthellés.

-                 Un corail aposymbiotique est dépourvu momentanément de ses zooxanthelles.

-                 Une espèce de corail hermatypique participe de façon significative à l’élaboration de récifs coralliens.

-                 Une espèce ahermatypique ne participe pas à l’élaboration de récifs coralliens.

 

1. 2. 2 Anatomie

Le polype des Scléractiniaires peut être comparé à un sac fixé sur son substrat possédant un orifice unique qui assure les fonctions de bouche et d’anus et qui est entouré d’une ou plusieurs couronnes de tentacules en fonction des espèces.

Les tentacules, creux, sont en fait une extension du cœlenteron vers la partie supérieure du polype. Ils sont parfois terminés par un renflement, l’acrosphère. Les tentacules sont reliés à leur base au disque oral qui représente la partie distale du polype. Les tentacules et le disque oral sont constitués par le tissu oral. Sur les côtés, le tissu oral forme des parois qui relient le disque oral à la partie basale du polype.

Le tissu oral est constitué d’un ectoderme et d’un endoderme séparés par une couche de mésoglée. L’ectoderme oral contient des cellules urticantes (cnidocytes) et des cellules ciliées toutes deux impliquées dans les  mécanismes de la nutrition hétérotrophe des coraux. Les cellules de l’endoderme oral, qui tapissent l’intérieur du cœlenteron, contiennent les Dinoflagellés endosymbiotiques, les zooxanthelles. Au niveau de la bouche, le tissu oral s’invagine pour former le stomodeum, sorte de canal entre le cœlenteron et le milieu externe.

Le cœlenteron est cloisonné par les mésentères. Pour se nourrir, les Scléracitinaires utilisent aussi des filaments mésentériques, prolongements des mésentères riches en cnidocytes, qu’ils sortent par la bouche ou par des ouvertures temporaires au niveau des parois.

Dans la partie basale, le polype est délimité par le tissu aboral, constitué aussi d’un endoderme et d’un ectoderme séparés par une couche de mésoglée. L’endoderme aboral, qui tapisse le fond du cœlenteron, contient quelques zooxanthelles mais en concentration beaucoup plus faible que dans l’endoderme oral. L’ectoderme aboral, appelé ectoderme calicoblastique, est en contact avec le squelette. Les cellules de l’ectoderme calicoblastique sont à l’origine de la formation du squelette des coraux par le mécanisme de biominéralisation.

Chez les coraux coloniaux, les polypes sont reliés entre eux par le tissu oral en contact avec l’eau de mer et le tissu aboral reposant sur le squelette. L’ensemble de ces deux tissus est alors appelé cœnosarc.

Le squelette d’un polype, appelé polypier (corallite en anglais), a la forme d’un tube qui contient des cloisons verticales qui convergent vers le centre, les septes. La partie axiale du polypier est occupée par une structure squelettique verticale, la columelle. Les polypiers sont reliés entre eux par des plaques horizontales qui forment le cœnosteum.

 

1. 2. 3. Les espèces étudiées

La figure 8 illustre la position taxonomique des différentes espèces présentées au cours de cette étude. Les espèces soulignées correspondent à des coraux tempérés méditerranéens. Les paragraphes suivants donnent une brève description de chaque espèce.

 

Stylophora pistillata

Espèce coloniale hermatypique zooxanthellée, Stylophora pistillata est très répandue dans toute la province Indo-Pacifique, de la Mer Rouge jusqu’au Japon et à l’Australie ainsi que dans le Pacifique central (Polynésie). Typiquement brun jaune, les colonies de Stylophora pistillata peuvent aussi prendre une coloration verte, rose ou chocolat en fonction de leur environnement lumineux. La lumière influe aussi sur la morphologie des colonies. Classiquement arborescentes, les colonies peuvent présenter des formes sub-massives. Les polypes sont de petite taille (0,5 à 2 mm) et le squelette présente une columelle développée et des septes assez souvent bien marqués.

Cette espèce, dont l’écologie et la physiologie ont été très largement étudiées depuis plus de vingt ans, possède de plus une large répartition bathymétrique (entre 0 et 67 m dans le golfe d’Aqaba, Gattuso, 1987), ce qui fait d’elle un excellent modèle d’étude au niveau de la photosynthèse des coraux zooxanthellés. Les colonies cultivées au Centre Scientifique de Monaco (CSM) proviennent des eaux jordaniennes du golfe d’Aqaba en Mer Rouge.

 

 

 

 

Acropora sp.

 

Le genre Acropora est le genre qui présente le plus grand nombre d’espèces (117 ; Wallace, 1999) et est représenté majoritairement dans la province Indo-Pacifique bien que 3 espèces soient répertoriées dans la province Atlantique. L’espèce que nous avons étudiée n’a pas été identifiée clairement et est donc notée Acropora sp. Il s’agit d’une espèce zooxanthellée hermatypique. Ses colonies sont branchues, à petits polypes (1 mm) et présentent une coloration brun orangé dans les conditions de culture du CSM. Les polypiers sont peu proéminents et sont assez espacés (5 mm). Les colonies cultivées au CSM proviennent des eaux jordaniennes du golfe d’Aqaba en Mer Rouge.

 

Montipora sp.

 

Le genre Montipora présente des espèces de formes et de couleurs diverses. L’espèce que nous avons étudiée, Montipora sp., zooxanthellée et hermatypique, est de type laminaire et forme des plateaux horizontaux plus ou moins superposés. Les polypes, de petite taille, ne sont présents que sur la face dirigée vers le haut (vers la lumière). Le squelette des coraux Montipora est caractérisé par une absence de columelle et un cœnosteum poreux parfois très élaboré. Les colonies cultivées au CSM proviennent des eaux jordaniennes du golfe d’Aquaba en Mer Rouge.

 

Pavona cactus

 

Espèce zooxanthellée hermatypique, Pavona cactus est également très bien représentée dans toute la province Indo-Pacifique. De manière générale, les colonies sont composées de branches fines, lamellaires ou foliacées, présentant des polypes sur les deux faces. Elles peuvent atteindre plus de 10 m de diamètre par endroits. De composition fragile, cette espèce préfère les zones peu battues des lagons. Leur coloration varie du rose au brun. Les polypiers sont peu profonds et présentent des parois peu définies. Ils sont reliés entre eux par des septo-côtes (prolongements des septes à l’extérieur du polypier) bien marqués. Les colonies cultivées au CSM proviennent de Polynésie française.

 

 

Oculina diffusa

 

Oculina diffusa est une espèce zooxanthellée hermatypique de la province Caraïbe. Ses colonies, de coloration brun jaune, sont de type arborescent et sont principalement distribuées dans les lagons peu profonds et turbides. Les branches, fines, présentent des polypiers de tailles moyennes (3 à 4 mm) assez espacés et forment des colonies de taille moyenne. Les colonies étudiées au cours de ce travail proviennent du Grand cul de sac marin, lagon situé au nord de l’île de la Guadeloupe.

 

Oculina patagonica

 

Oculina patagonica est une espèce coloniale zooxanthellée, originaire de l’Océan Atlantique et découverte pour la première fois en Méditerranée en 1966 par Zibrowius (Zibrowius, 1974). Elle est bien représentée le long des côtes espagnoles et israéliennes où elle forme de larges colonies et est également présente dans le golfe de Gênes où elle a été décrite pour la première fois. Ses colonies sont encroûtantes, bosselées mais non arborescentes (Zibrowius, 1980). Le squelette est mince dans les zones périphériques de croissance, mais très massif dans les zones plus anciennes où il peut atteindre plusieurs centimètres d’épaisseur. Les polypiers, de taille moyenne (2 à 3 mm en moyenne), sont entièrement immergés dans le cœnosteum, lisse en général. Parfois, les colonies peuvent former des excroissances assimilables à de petites branches en formation. De coloration brun jaune, elles recouvrent des substrats durs jusqu’à une profondeur de 10 mètres environ. Les colonies d’Oculina patagonica utilisées pour cette étude ont été collectées à Albissola, dans le golfe de Gênes en Italie.

 

Cladocora caespitosa

 

Cladocora caespitosa est une espèce coloniale zooxanthellée endémique de la Mer Méditerranée. Ses colonies, de taille moyenne à grande, présentent des formes diverses, gazons, touffes, boules libres ou blocs assez massifs (Zibrowius, 1980). L’espèce Cladocora caespitosa est présente dans toute la Méditerranée dans les eaux turbides et peu profondes. Localement abondante, cette espèce a cependant connu une répartition plus vaste notamment à la fin du Pléistocène où elle formait alors de larges bancs, assimilables à de véritables récifs coralliens. Les raisons de sa régression ne sont pas connues, mais pourraient être liées aux changements climatiques. Les polypiers, de 4 à 5 mm de diamètre en moyenne, sont le plus souvent serrés les uns contre les autres et peuvent atteindre 10 cm de haut dans les colonies épaisses. La forte densité en zooxanthelles des colonies de Cladocora caespitosa leur confère une coloration brunâtre soutenue. Les colonies étudiées pour ce travail proviennent du golfe de La Spezia en Italie.

 

1. 3. La symbiose corail/dinoflagellés

1. 3. 1. La symbiose

Les récifs coralliens contiennent une grande variété d’associations mutualistes[2] mais la relation entre les coraux et leurs dinoflagellés symbiotiques est, sans aucun doute, la plus importante d’entre elles. Les Scléractiniaires sont apparus au Trias, et il est maintenant largement accepté que le rapide succès écologique de certains d’entre eux est directement lié à l’acquisition de Dinoflagellés endosymbiotiques qui permet à l’association corail/zooxanthelles de survivre dans les eaux oligotrophes et fortement ensoleillées de la planète. Les coraux acquièrent la majorité de leurs besoins en énergie et en nutriments par deux mécanismes : la photosynthèse par les zooxanthelles (autotrophie, voir 2.4.) ou l’ingestion directe de zooplancton et de particules organiques (hétérotrophie). Le taux de transfert de carbone organique par les zooxanthelles au corail est très élevé car la croissance des zooxanthelles in hospite est très inférieure à celle des zooxanthelles libres tandis que leur production primaire reste maximale (Wilkerson et al., 1988). Marubini (1996) a ainsi démontré chez Porites porites maintenu à fort éclairement que les zooxanthelles utilisaient 10% du carbone fixé par la photosynthèse pour leur respiration et leur croissance et transféraient les 90% restant vers l’hôte. Ce dernier l’utilise pour couvrir ses besoins métaboliques (respiration, croissance, reproduction). En retour, le corail fournit aux zooxanthelles des composés azotés (Muscatine, 1990), des phosphates et du CO2 métabolique (Davies, 1984). Ceci crée un recyclage des produits cataboliques de l’hôte qui seront re-métabolisés par les algues en produits utilisables par l’hôte (Smith & Douglas, 1987). Le transfert de photosynthétats contribue significativement au bon fonctionnement de la symbiose (Mueller-Parker & D’Elia, 1997). Par ailleurs, de nombreuses autres interactions ont été décrites entre les zooxanthelles et leurs hôtes, les coraux. Par exemple, Shick et ses collaborateurs (Shick et al., 1999) ont mis en évidence une production spécifique à l’association corail/zooxanthelles de molécules spécialisées dans la protection contre les radiations UV.

Cette association particulière correspond donc bien à la définition d’association symbiotique décrite par Scott en 1979 (Scott, 1979) puis par Sélosse en 2001 (Sélosse, 2001). En effet, ces auteurs décrivent la symbiose comme une association physique et durable au cours de la vie des deux organismes, et qui est à l’origine de différentes propriétés : une production de métabolites qui ne seraient pas formés par l’un ou l’autre des organismes de façon séparée, des interactions physiologiques entre les partenaires de l’association et une meilleure résistance aux stress environnementaux.

 

1. 3. 2. Les zooxanthelles

Largement représentés dans le monde marin, les Dinoflagellés se présentent sous une forme libre (parmi les principaux représentants du plancton) ou sous une forme symbiotique, associés à de nombreux invertébrés marins (Mollusques, Foraminifères, Radiolaires, Éponges et Cnidaires ; Trench, 1981 ; Muscatine & Weiss, 1992). Actuellement, le terme « zooxanthelle » regroupe tous les Dinoflagellés impliqués dans des symbioses marines. Les Scléractiniaires ne sont pas les seuls Cnidaires à contenir des zooxanthelles :: on retrouve aussi des Actiniaires (ex : Anemonia viridis), des Gorgonaires (ex : Eunicella singularis), ou encore des Zoanthaires et des Hydrozoaires. Le premier Dinoflagellé endosymbiotique référencé à été isolé chez une méduse (Cassiopeia xamachana) et identifié sous le nom de Symbiodinium microadriaticum (Freudenthal, 1962). Jusqu’à l’apparition récente des  techniques nouvelles d’étude de la diversité génétique, tous les Dinoflagellés vivants en symbiose avec des Anthozoaires étaient regroupés au sein de cette espèce. Cependant, les études actuelles en biologie moléculaire ont permis de mettre en évidence une diversité nouvelle au sein du genre Symbiodinium (Baker et Rowan, 1997 ; LaJeunesse, 2001). De nombreuses catégories de zooxanthelles sont actuellement identifiées et classées provisoirement sous forme de clades (A, B, C, D, E, F ; Baker, 2003 ; LaJeunesse, 2002). Ces études ont également permis de découvrir qu’une espèce hôte, voire une colonie, pouvait contenir plusieurs clades de zooxanthelles à l’intérieur de ses cellules endodermiques (Rowan et al., 1997).

 

Les zooxanthelles ont une forme sphéroïde d’un diamètre moyen de 10 µm (Titlyanov, 1982). À l’état libre, elles sont pourvues de deux flagelles, un longitudinal et un transversal comme tous les dinoflagellés, qu’elles perdent au sein de l’association symbiotique. Organismes unicellulaires autotrophes, les zooxanthelles présentent de nombreux chloroplastes. La photo de la figure 16 a été prise en microscopie confocale avec une lumière d’excitation à 568 nm ce qui permet de visualiser la fluorescence de la chlorophylle contenue dans les chloroplastes.

 

1. 3. 3. Le blanchissement

Le blanchissement des coraux traduit une perte rapide de leur coloration suite à une diminution du nombre de zooxanthelles et/ou de la concentration en pigments, notamment la chlorophylle. Les colonies de coraux prennent alors un aspect blanc éclatant en laissant apparaître leur squelette calcaire au travers de leur tissu transparent.

Les populations de zooxanthelles dans les coraux constructeurs de récifs présentent en moyenne une concentration entre 0,5 et 5 millions de cellules par cm2 (Drew, 1972 ; Porter et al., 1984 ; Hoegh-Guldberg & Smith, 1989). Leur taux d’expulsion ou de migration vers le milieu extérieur est généralement faible (Hoegh-Guldberg, 1999). Cependant, des variations locales plus importantes ont été décrites en fonction des conditions physico-chimiques de l’environnement des coraux (lumière : Gleason & Wellington, 1993, température : Coles & Jokiel, 1978 ; Hoegh-Guldberg & Smith, 1989, cyanure : Jones & Hoegh-Guldberg, 1999 et même infection bactérienne : Kushmaro et al., 1996).

Cependant, la cause principale des phénomènes de blanchissement à grande échelle est l’augmentation de la température des eaux de surface (Fitt et al., 2001), en conjonction ou non avec d’autres facteurs. Au cours de ces épisodes, le blanchissement des coraux est le résultat d’une rupture de l’association symbiotique, essentielle à la survie des coraux. Les mécanismes entraînant la perte des zooxanthelles sont encore mal connus et font l’objet de nombreuses études (Gates et al., 1992 ; Jones et al., 1998 ; voir Hoegh-Guldberg, 1999 pour revue). La particularité du blanchissement résulte dans le fait que le tissu animal reste vivant à la surface du squelette tout en étant partiellement dépourvu de zooxanthelles. Ainsi, il ne faut pas confondre ce phénomène avec des phénomènes de pertes des tissus comme on peut en constater lors d’épisodes de salinité réduite au cours desquels les coraux survivent jusqu’à une salinité de 23 puis perdent leurs tissus entraînant leur mort et révélant leur squelette nu (Hoegh-Guldberg & Smith, 1989).

En plus de la diminution de la concentration en zooxanthelles, les études récentes ont mis en évidence une diminution significative de l’efficacité de la photosynthèse des zooxanthelles à l’intérieur des coraux atteints par le blanchissement. En effet, l’apparition de la technique de PAM fluorimétrie (voir Chapitre III) en écophysiologie corallienne permet dorénavant aux scientifiques d’étudier et d’identifier les composantes de la photosynthèse effectivement atteintes lors des épisodes de blanchissement. Alors que les premières études se sont concentrées sur l’effet de la température (Iglesias-Prieto et al., 1992 ; Warner et al., 1996), les études actuelles tendent à étudier les effets croisés de plusieurs paramètres potentiellement impliqués dans le phénomène de blanchissement comme la température associée à l’intensité de la lumière visible, les radiations UV ou encore la nutrition hétérotrophe. Les mécanismes impliqués sont très complexes et leur étude nécessite une bonne connaissance de la photosynthèse et de la PAM fluorimétrie. Ainsi, les chapitres II et III proposent respectivement des informations sur la photosynthèse  et sur la PAM fluorimétrie.


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Annexes

 

Article 1 : Bioaccumulation of zinc in the scleractinian coral Stylophora pistillata (C. Ferrier-Pagès, F. Houlbrèque, E. Wyse, C. Richard, D. Allemand, F. Boisson), Coral reefs (2005).

 

Article 2 : Response of zooxanthellae in symbiosis with the Mediterranean corals Cladocora caespitosa and Oculina patagonica to elevated temperatures (Riccardo Rodolfo-Metalpa, Cécile Richard, Denis Allemand, Carlo Nike Bianchi, Carla Morri, Christine Ferrier-Pagès), Marine Biology (2006).

 

Article 3 : Growth and photosynthesis of two Mediterranean corals, Cladocora caespitosa and Oculina patagonica, under normal and elevated temperatures (Riccardo Rodolfo-Metalpa, Cécile Richard, Denis Allemand, Christine Ferrier-Pagès), submitted in Journal of Experimental biology.

 

Article 4 : Effects of temperature and UV radiation on photosynthetic efficiency in four scleractinian coral species. (Ferrier-Pagès C., Richard C., Forcioli D., Pichon M., Allemand D., Shick J.M.), in prep.

 

Poster : Effect of temperature and UV radiations on the photosynthetic efficiency of four scleractininan corals (C. Richard, R. Rodolfo-Metalpa, M. Shick, D. Allemand, C. Ferrier-Pagès), Ocean Sciences Meeting, Hawaii, 20-24 feb. 2006.

 

 

 



[1] Le terme « coraux » n’a pas de signification taxonomique et ne désigne pas uniquement les Scléractiniaires zooxanthellés. Cependant, pour des raisons de commodité, le terme simplifié « coraux » sera souvent utilisé dans ce manuscrit pour désigner les Scléractiniaires zooxanthellés.

[2] La symbiose est une association étroite et stable entre deux organismes différents ; la symbiose mutualiste définit une symbiose dans laquelle les deux partenaires, l’hôte et le symbiote tirent des bénéfices mutuels de l’association.