MINISTERE DE LA JEUNESSE, DE
L'EDUCATION NATIONALE
ET DE LA RECHERCHE
ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES
Sciences de la Vie et de la Terre
MEMOIRE
Présenté par Philippe Duffé
Pour l'obtention du diplôme de
l'Ecole Pratique des Hautes Etudes
CARACTERISATION
de QTL LIES à la QUALITE de la TOMATE par RECHERCHE de COLOCALISATIONS avec des
GENES de FONCTION CONNUE
Soutenu
le 18 septembre 2003, devant le jury suivant :
Max
Bergoin, Directeur
d'études EPHE
Président
Bernard
Mignotte, Directeur
d'études EPHE
Rapporteur
Mathilde
Causse, Directeur
de Recherches INRA Examinateur
Christophe
Rothan, Chargé de
Recherches INRA
Examinateur
Laboratoire de Génétique Moléculaire et
Physiologique EPHE (Sciences de la Vie et de la Terre), Directeur : Bernard
Mignotte, Université de Versailles/Saint-Quentin, CNRS UPRES-A 8087, Bât.
Fermat, 45 av. des Etats-Unis, 78035 Versailles, mignotte@genetique.uvsq.fr
Laboratoire d'accueil : Unité de Génétique et
d'Amélioration des Fruits et Légumes, INRA, centre d'Avignon, Responsable
scientifique : Mathilde Causse, B.P. 94, 84143 Montfavet Cedex,
causse@avignon.inra.fr
CARACTERISATION de QTL LIES à la
QUALITE de la TOMATE par RECHERCHE de COLOCALISATIONS avec des GENES de
FONCTION CONNUE
Philippe Duffé
Résumé
La place importante prise par la tomate (Lycopersicon esculentum Mill) du point de vue économique a suscité un intérêt
marqué pour ce végétal de la part des sélectionneurs. Cependant, on a trop
longtemps privilégié l'adaptation aux conditions de culture et les résistances
aux maladies et donc la productivité au détriment de la qualité organoleptique.
Un programme de recherche a été entrepris à l'INRA en
1995 afin d'analyser les relations entre les composantes majeures de la qualité
organoleptique et étudier leurs déterminismes génétiques par cartographie des
QTL (Quantitative Trait Locus) et
des gènes contrôlant leurs variations.
Afin de préciser le rôle de ces QTL et tenter de les
caractériser, nous avons cartographié des gènes de fonction connue susceptibles
d'être impliqués dans le développement ou la composition du fruit et de
rechercher parmi eux ceux colocalisés avec les QTL.
Cette étude a permis de mettre en évidence un nombre
important (185) de QTL pour de nombreux caractères physiques et chimiques liés
à la qualité de la tomate. Nous avons également cartographié 195 locus d'EST (Expressed
Sequence Tag) ou de gènes supposés
impliqués dans différents métabolismes inhérents à la qualité et / ou au poids
du fruit.
Ces éléments nous ont permis d'identifier des gènes
candidats positionnels aux fonctions liées aux caractères pour au moins 30 QTL.
Certains de ces QTL expliquent un gain important : environ 45 % pour les
sucres, 70 % pour les acides et
450% pour la teneur en carotène.
Il ne s'agit cependant que d'hypothèses de
caractérisation. Pour proposer de véritables gènes candidats qui soient
fonctionnels et véritablement positionnels, nous devons envisager de mettre en
œuvre une cartographie fine des secteurs du génome portant les QTL jugés les
plus intéressants.
Nous pourrons ainsi proposer à moyen terme la
caractérisation de QTL fortement impliqués dans la qualité organoleptique de la
tomate grâce à la mise en œuvre de la stratégie gène candidat.
MOTS
CLEFS : Tomate, Lycopersicon,
qualité et développement du fruit, QTL, gène candidat.
TABLE
des MATIERES
Liste
des abréviations p 5
Introduction générale p 7
CHAPITRE 1 SYNTHESE
BIBLIOGRAPHIQUE p 9
1.1
La tomate p 9
1.1.1
Généralités p 9
1.1.2
Description p 11
1.2 La
qualité organoleptique p
13
1.2.1 Généralités p
13
1.2.2 Définitions p 13
1.2.3 Différents
aspects de la qualité p 14
1.2.4 Facteurs
de détermination de la qualité des produits végétaux p 15
1.2.5 Historique
de l'amélioration pour la qualité des fruits de tomate pour la consommation en
frais p 15
1.2.6 Difficultés
d'évaluation de la qualité p 18
1.2.7 Outils
de mesure et d'évaluation de la qualité organoleptique p 19
1.2.8 Composantes de la qualité p 21
1.2.9 Facteurs
(autres que génétiques) intervenant dans la variation de la qualité
organoleptique de la tomate p
25
1.3 Les bases moléculaires
de la qualité de la tomate p 28
1.3.1
Caractéristiques
du génome p 28
1.3.2
Amélioration
génétique p 28
1.3.3
Utilisation des
marqueurs moléculaires et des cartes génétiques pour l'étude de la qualité de
la tomate p
30
1.3.4 La
démarche gène candidat p 33
1.3.5 Influence des facteurs génétiques dans la variation de
la qualité de la tomate p 36
1.3.6 QTL
et Gènes impliqués dans la variation de la qualité du fruit p
39
Liste des
abréviations
AB QTL Advanced
Backcross QTL analysis
ADN Acide
Désoxyribonucléique
ADNc Acide
Désoxyribonucléique complémentaire
AFLP Amplified
Fragment Length Polymorphism
AFNOR Association
Française de Normalisation
ARN Acide
Ribonucléique
ARNm Acide
Ribonucléique messager
asa ascorbic
acid, teneur en vitamine C
BAC Bacterial
Artificial Chromosome, chromosome
artificiel de bactérie
brx °
Brix, teneur en sucres solubles
car teneur
en carotène
ca teneur
en citrate
chr chromosome
cM centiMorgan
CTIFL Centre
Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes
Del Mutation "Delta"
dmw dry
matter weight, teneur en matière
sèche totale
DNA Acide
Désoxyribonucléique
EST Expressed
Sequence Tag
et al. et
alter (et les autres)
fir firmness, fermeté
frle fruit
length, longueur du fruit
fru teneur
en fructose
frwi fruit
width, largeur du fruit
fw fruit
weight, poids du fruit
GC gène
connu
glu teneur
en glucose
hp Mutation « high pigment »
HPLC Chromatographie
de Haute Performance en phase Liquide
IL Lignée
d'Introgression
INRA Institut
National de la Recherche Agronomique
IR Indice
de Réfraction
ISSR Inter
Simple Sequence Repeat
Kb Kilobase
LA Lycopersicon
Accession
lyc teneur
en lycopène
LOD ou Lod Logarithm
of the Odds Ratio, logarithme du
rapport de vraisemblance
ma teneur
en malate
Mbp Méga
paires de bases
MS Matière
Sèche
NILs Near
Isogenic Lines ou Lignées
quasi-isogéniques
nor Mutation
"non ripening"
og Mutation
"old gold"
ogc Mutation
"old gold crimson"
ORF Opening
Reading Frame
PCR Polymerase
Chain Reaction
PEPC Phospho-enolpyruvate
carboxylase
pH potentiel
Hydrogène
PVE Phénotypic
Variance Explained
QTL Quantitative
Trait Locus
RAPD Random
Amplified Polymorphism DNA
red reducing
sugars, teneur en sucres réducteurs
RFLP Restriction
Fragment Length Polymorphism,
polymorphisme de longueur de fragments de restriction
RIL Recombinant
Inbred Line (Lignée recombinante)
rin Mutation
"ripening inhibitor"
suc teneur
en saccharose
SONITO Société
Nationale Interprofessionnelle de la Tomate
SS Solides
Solubles
ta titratable
acidity, acidité titrable
TIGR The
Institute for Genomic Research
ty total
yield, rendement total
YAC Yeast
Artificial Chromosome, chromosome
artificiel de levure
INTRODUCTION GÉNÉRALE
La place importance prise par la tomate (Lycopersicon esculentum Mill) du point de vue économique et ses
caractéristiques biologiques ont induit un intérêt marqué pour ce végétal de la
part de nombreux chercheurs s'intéressant à diverses disciplines (génétique,
agronomie, physiologie, …).
La tomate a fait l'objet d'une sélection d'abord traditionnelle puis de
plus en plus sophistiquée qui a permis la création d'une gamme impressionnante
de types variétaux pour chacun desquels le choix de variétés se renouvelle très
rapidement. Ainsi, actuellement la durée de vie commerciale d'une variété
hybride F1 excède rarement huit ans.
La mise au point de méthodes culturales adaptées à
chaque région et à chaque type variétal a également contribué à asseoir
l'importance de cette espèce.
Cependant les sélectionneurs ont longtemps privilégié
la productivité, l'adaptation aux conditions de culture et les résistances aux
maladies au détriment de tout autre caractère d'intérêt. Actuellement, la
qualité organoleptique des variétés sur le marché ne satisfait plus les
consommateurs, surtout depuis le développement, il y a une douzaine d'années,
de variétés à fruits de longue conservation. L'acquisition d'une bonne valeur
organoleptique, associée à une bonne conservation est devenue depuis lors, un
enjeu majeur pour les sélectionneurs. Pour y répondre, il est essentiel de
mieux connaître les bases physiologiques et moléculaires de ses composantes.
Un programme de recherche a été entrepris à
l'I.N.R.A. en 1995 afin d'analyser les relations entre les composantes majeures
de la qualité organoleptique et d'étudier leur déterminisme génétique, par
cartographie des QTL (Quantitative Trait Locus : région du génome où un ou des locus sont impliqués
dans la variation génétique de caractères quantitatifs) et des gènes contrôlant
leur variation.
Une
population de lignées recombinantes (RIL) a été constituée à partir du
croisement intraspécifique entre une lignée à petits fruits (L. esculentum
cerasiforme) mais ayant des
caractéristiques chimiques et sensorielles remarquables et une lignée à fruits
moyens mais à valeur gustative limitée. Une carte génétique de ce croisement a
été construite couvrant 85 % du génome de la tomate (Saliba-Colombani
2000). Cette population a été caractérisée pour 38 critères de qualité
(composantes physiques, chimiques, aromatiques et sensorielles). De un à cinq
QTL ont été localisés pour la plupart des caractères, certains expliquant une
part importante de la variation phénotypique (r2 > 30%). Des
regroupements de QTL pour plusieurs caractères ont été observés. L'intensité
aromatique apparaît, par exemple, déterminée à la fois par la teneur en matière
sèche et en sucres et, par l'acidité des fruits. La teneur en matière sèche et
la taille du fruit sont, par contre, antagonistes. L'ensemble de ces caractères
est principalement contrôlé par neuf régions du génome. De nombreux QTL se
regroupent dans la région distale du chromosome 2 avec des effets importants et
parfois antagonistes (Saliba-Colombani 2000). Ce regroupement a également été observé dans d'autres populations (Fulton
et al. 2002a).
Afin de préciser la fonction de ces QTL et tenter de
caractériser les gènes responsables des composantes de la qualité, nous avons
entrepris de cartographier des gènes de fonction connue, susceptibles d'être
impliqués dans le développement ou la composition du fruit et de rechercher
parmi eux ceux colocalisés dans les régions riches en QTL. Ces gènes ont
différentes origines : le laboratoire de physiologie végétale de l'I.N.R.A. de
Bordeaux qui nous a fourni de nombreux ADNc spécifiquement exprimés au cours du
développement précoce du fruit ou intervenant dans le métabolisme carboné et le
T.I.G.R. (The Institute for Genomic Research) qui a séquencé plus de 100.000 E.S.T. (Expressed
Sequence Tag) de tomate, parmi
lesquels nous avons pu compléter la liste des gènes impliqués dans le
métabolisme des sucres et des acides.
Notre démarche consiste à rechercher d'éventuelles
colocalisations entre des gènes dits "de structure" et les QTL
détectés afin de pouvoir proposer ainsi des gènes candidats pouvant expliquer
la part de variation dont ces QTL sont responsables.
CHAPITRE 1 SYNTHESE
BIBLIOGRAPHIQUE
1.1
La tomate
1.1.1 Généralités
La tomate, plante pérenne cultivée presque partout
dans le monde comme une plante annuelle, produit un fruit généralement utilisé
comme un légume. Elle est très utilisée dans l'alimentation moderne non
seulement en tant que légume fruit mais aussi parce qu'elle rentre dans la
composition de soupes, sauces et boissons (Rick
1978).
1.1.1.1 Production
La production mondiale ne cesse d'augmenter : 10
millions de tonnes en 1950, 54 millions en 1983 (annuaires de la F.A.O., cités
par Jebari-Benani, 1986) et 105 millions en 2001 dont environ la moitié pour le
marché de frais et l'autre moitié pour l'industrie de transformation (F.A.O.
2002). La principale zone de production est l'Asie avec la Chine (24 millions)
et l'Inde (9 millions) mais leur consommation intérieure est tellement
importante qu'ils ne participent pas aux échanges commerciaux internationaux.
Viennent ensuite les Etats-Unis (environ 11 millions de tonnes) dont la
production est principalement destinée à l'industrie agro-alimentaire. La
troisième zone importante de production est l'Europe avec environ 15 millions
de tonnes (produites d'abord en Espagne puis en Italie, la France arrivant en
quatrième position). Les surfaces cultivées actuellement en France pour le
marché de frais sont de l'ordre de 3000 ha : 1400 ha de serre chauffée, 800 ha
d'abris froids et 850 ha de culture non protégée (plein air) (Agreste
2002). Pour ce qui est de la tomate d'industrie, les surfaces avoisinent les
5000 ha. Les rendements sont très variables, pour la France : ils peuvent aller
d'environ 50 tonnes /ha pour la tomate d'industrie, à 450 tonnes /ha en serres
chauffées hors sol en culture longue (Gry
2000).
1.1.1.2
Consommation
La tomate est le premier légume (hors pomme de terre)
consommé dans le monde. Les Français n'échappent pas à cet engouement: 35 kg
par personne et par an (environ le tiers en produit frais et le restant en
produits transformés, Gry
2000). D'un point de vue purement diététique l'énorme succès de la tomate
comme aliment dans la plupart des pays est difficile à expliquer. En effet
aucun de ses composés nutritifs n'est contenu en concentration élevée. Une
étude (Stevens, 1977, cité par Rick, 1978) montre que la tomate n'est que
treizième et seizième respectivement pour ses teneurs en vitamine C et A, loin
derrière le brocolis, l'épinard ou le choux de Bruxelles par exemple. Par
contre sa facilité de préparation (en salade ou grâce aux produits cuisinés) en
fait un aliment pratique et, depuis quelques années, économiquement abordable
quelle que soit la saison.
1.1.1.3
Classification
La très grande majorité des formes cultivées
appartiennent à l'espèce Lycopersicon esculentum Mill. (Mill. pour Miller, botaniste qui a classé
l'espèce tomate dans le nouveau genre Lycopersicon en 1754) qui appartient à la famille des Solanacées.
Cette famille comprend 2.300 espèces tropicales et subtropicales originaires de
l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud (d'Arcy, 1991 cité par Doganlar,
2002a). Le genre Lycopersicon est
représenté par neuf espèces : huit sauvages et une pouvant être considérée
comme à la fois cultivée et sauvage : L. esculentum. Le genre Lycopersicon est très proche du genre Solanum (Warnock
1988).
1.1.1.4 Historique
On connaît encore mal l'origine géographique de la
tomate et les premières circonstances de sa domestication. Cependant, trois
faits sont certains :
-
Les tomates cultivées
sont originaires du Nouveau Monde : toutes les espèces sauvages apparentées
proviennent de la région des Andes qui recouvrent partiellement les territoires
actuels des pays suivants : Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Chili.
-
La tomate était déjà
domestiquée avant d'être importée en Europe ; nous avons pour preuve des
gravures d'herbiers anciens représentant des plants de tomate avec de gros
fruits alors que toutes les espèces sauvages produisent des petits fruits dont
le poids moyen est de l'ordre de 3 grammes.
-
Son ancêtre le plus vraisemblable,
la tomate cerise sauvage (L. esculentum, variété cerasiforme)
pousse à l'état endémique dans toute l'Amérique tropicale et subtropicale.
Miller et Tanksley ont démontré en 1990 grâce à une étude systématique basée
sur l'ADN génomique et faisant intervenir 40 sondes RFLP (Restriction
Fragment Length Polymorphism)
monocopies que des cultivars de tomate et des accessions de L. esculentum variété cerasiforme étaient regroupés. Cette étude confirmant deux
dichotomies principales correspondant pour l'une au type de pollinisation
(auto-compatible ou auto-incompatible) et pour l'autre à la couleur du fruit.
L'époque, les lieux et autres aspects de sa
domestication sont moins certains. Cependant grâce aux données fournies par de
nombreuses disciplines, il est quasiment certain que sa région de domestication
soit le Mexique et non la région andine. Ainsi Inca Garcilaso de la Vega dans
ses "Commentaires royaux sur le Pérou des Incas" (rédigé à la fin du
XVIème siècle) ne fait pas référence à la tomate alors qu'il décrit
abondamment la pomme de terre et le piment ainsi que d'autres légumes d'origine
subtropicale (Garcilaso de la Vega, édité en 1982). De plus on n'a trouvé aucun fragment ou aucune représentation
graphique de plante de tomate dans les vestiges archéologiques de la région
sous influence inca alors qu'on a trouvé des fragments de plantes indigènes
cultivées alors. De même la plante n'a pas de nom indigène aussi bien en
quechua qu'en aymara, les deux langues utilisées par la culture inca. Par
contre elle est connue dans le langage nahua du Mexique en tant que
"tomatl" qui est sans aucun doute à l'origine de son nom actuel.
Enfin la première mention de la tomate en Europe est attribuée à Pier Andrea
Mattioli, herboriste italien, dans une publication de 1554. La prise de Mexico
datant de 1519 et la fondation de Lima de 1532, il semble plus probable que les
premiers cultivars ramenés du Nouveau Monde proviennent du Mexique car le temps
nécessaire pour introduire et vulgariser un tant soit peu les pratiques
culturales et l'utilisation culinaire propres à l'espèce plaident en faveur de
son origine mexicaine.
Après
son introduction en Europe, pendant de longues décennies la tomate est mal
acceptée car on sait déjà qu'elle est apparentée aux espèces de la famille des
Solanacées comme la belladone et la mandragore, connues pour leur forte teneur
en alcaloïdes. Cependant ce mauvais a priori s'estompera peu à peu, quand on se rendra compte que
l'alcaloïde propre à la tomate, la tomatine, se dégrade en des composés inertes
au cours de la maturation du fruit.
1.1.2 Description
Le port de la plante et la forme des fruits peuvent
être très différents d'un cultivar à l'autre, de plus ils peuvent être très
fortement influencés par les conditions de milieu et la conduite culturale.
1.1.2.1 L'appareil
végétatif
Le système racinaire est puissant, pouvant atteindre
une profondeur de trois mètres dans les sols alluviaux profonds (Rick
1978).
Le plant est constitué par un axe principal issu de
la graine ; cet axe présente une croissance monopodiale. Il est formé par une
succession d'entre-nœuds séparés par des nœuds (Jebari-Bennani
1986). Le port est buissonnant (plus ou moins suivant qu'il s'agit d'un
génotype à croissance déterminée ou indéterminée) mais peut être rendu linéaire
par l'ébourgeonnage et le tuteurage.
Les feuilles sont composées, alternes, odorantes et
salissantes.
1.1.2.2 L'appareil
reproducteur
Les fleurs sont généralement pentamères à pétales
soudés et hermaphrodites, leur structure rend difficile l'allogamie. Elles sont
regroupées en inflorescences ou bouquets d'une dizaine d'unités (ce chiffre est
très variable, les inflorescences de certains génotypes pouvant présenter
jusqu'à 100 fleurs). Suivant le type de croissance, elles alternent très
régulièrement avec le nombre de feuilles : chaque bouquet étant séparé par
trois feuilles et la plante présentant un nombre infini d'inflorescences dans
le cas de la croissance indéterminée (Jebari-Bennani
1986) ou plus irrégulièrement dans le cas de la croissance déterminée. Dans
ce cas, le nombre de feuilles entre bouquets diminue jusqu'à ce que la tige se
termine par une inflorescence (Rick
1978).
Les fruits sont des baies charnues à plusieurs loges.
Chaque loge est remplie d'un gel dans lequel sont positionnées les graines qui
sont attachées à un placenta positionné au centre du fruit. Quatre phases
caractérisent le développement du fruit :
- le développement de l'ovaire activé par la fécondation
;
- les divisions cellulaires qui s'étendent sur une période de 5 à 10
jours, l'activité mitotique étant principalement active dans le péricarpe. A la
fin de cette phase, commencent les divisions cellulaires dans les embryons ;
- l'expansion cellulaire, active
jusqu'à ce que le fruit atteigne sa taille finale. A ce stade, la force de
puits du fruit est exercée par les cellules en expansion. Pour la plupart des
espèces, l'expansion cellulaire est un paramètre primordial de la taille finale
du fruit ; chez la tomate, le volume des cellules dans le placenta, les loges
et le mésocarpe peut augmenter d'un facteur 10 entre le début et la fin de
l'expansion cellulaire ;
-
le mûrissement qui est
activé par l'induction de l'hormone éthylène; durant cette phase, le fruit
subit des changements biochimiques et physiologiques qui incluent le
ramollissement, le changement de couleur et le radoucissement associé avec une
diminution de l'acidité et une augmentation de la teneur en composés aromatiques
(Gillaspy et al. 1993).
Après la fécondation, 36 à 60 jours sont nécessaires,
suivant les génotypes, pour que le fruit atteigne la maturité. La taille finale
du fruit est proportionnelle au nombre de cellules dans l'ovaire avant fécondation,
au nombre d'ovules fécondés, au nombre défini de divisions cellulaires qui ont
lieu dans le jeune ovaire après fécondation et à l'importance de l'expansion
cellulaire. Une corrélation positive a été notée entre la taille de l'ovaire à
l'anthèse et la taille du fruit à maturité (Houghtaling, 1935, cité par
Grandillo, 1999).
Les fruits de tomate peuvent présenter des formes
très diverses (plus ou moins aplatis, ronds, cordiformes, piriformes, …) mais
les cultivars modernes européens ou nord-américains sont soit de forme
approchant l'arrondi (marché de frais) soit plus ou moins allongés (marché
d'industrie).
1.2 La
qualité organoleptique
1.2.1
Généralités
L'amélioration de la qualité des produits végétaux
est depuis longtemps un des objectifs des sélectionneurs. Cependant la qualité
organoleptique qui n'était que peu ou pas prise en compte devient une
préoccupation essentielle et ce pour différentes raisons :
-
La conséquence d'une
concurrence toujours plus grande entre zones de production, groupements de
producteurs, … qui exacerbe la nécessité pour les producteurs de présenter des
produits apparemment irréprochables (Hervé
1997).
-
La sensibilité accrue
des consommateurs vis à vis de ce paramètre.
-
Une certaine
banalisation du produit désormais disponible toute l’année qui rend les
consommateurs de plus en plus exigeants dans la mesure où la plupart des autres
problèmes liés à la qualité sont résolus.
1.2.2
Définitions
Au niveau global, la notion de qualité bien que
complexe, peut être cernée de la manière suivante : "ensemble des
propriétés et caractéristiques d'un produit qui lui confère l'aptitude à
satisfaire des besoins exprimés ou implicites" (AFNOR
1984).
Si cette définition est appliquée aux produits
végétaux, on peut dégager deux conceptions globales de la qualité en fonction
des destinataires directs des produits :
-
Si le consommateur
est le client direct de la production (comme c'est le cas pour les fruits
et légumes consommés en frais), l'exigence de qualité est souvent :
-
mal exprimée ;
-
subjective (on fait
souvent référence au "goût d'autrefois" sans savoir bien le définir)
; cette assertion associant les variétés anciennes avec une meilleure qualité
organoleptique a été contredite par une étude menée en 1999 et 2000 (Causse
et al. 2001a) ;
-
variable dans le temps
;
-
variable dans l'espace
(selon les marchés) : ainsi pour la tomate, les consommateurs originaires des
pays méditerranéens préfèrent, pour des raisons traditionnelles, les variétés à
collet vert autour du pédoncule alors que les consommateurs plus septentrionaux
sont habitués aux types sans collet vert.
On obtient ainsi une conception floue de la qualité à
partir de laquelle il peut être parfois difficile de définir des objectifs
d'amélioration. Qualité est alors plutôt synonyme de diversité.
- Si l'industrie de transformation est le premier
client du produit, la notion de qualité est :
-
plus précise,
-
structurée,
-
quantifiable,
-
parfois trop ciblée :
la première qualité du produit devenant parfois son adaptation à la
transformation.
On a ainsi une conception plus
"cartésienne" de la qualité pouvant se traduire par un "cahier des
charges".
1.2.3 Différents
aspects de la qualité
La qualité présente deux aspects principaux :
1.2.3.1 La
qualité alimentaire qui peut être
subdivisée en trois paramètres :
- La qualité nutritionnelle définie comme
l'aptitude à bien nourrir ; elle est liée à la composition chimique du
produit.
- La qualité organoleptique qui est la plus
subjective car elle varie en fonction du moment et des individus.
- Un consommateur utilisant tous ses sens pour
évaluer la qualité (vue, odorat, goût principalement mais aussi toucher et
ouïe), on peut définir les qualités organoleptiques d'un élément comme
l'ensemble des sensations perçues par les cinq sens.
- Tout produit alimentaire contient des composés
volatils et d'autres non volatils. Le goût ou saveur est le résultat des quatre
impressions principales : salé, sucré, acide et amer résultant de l'interaction
entre les composés non volatils et les récepteurs de la langue.
- Parmi les caractéristiques organoleptiques d'un
aliment, l'odeur et l'arôme jouent un rôle prédominant. Ils correspondent à
l'interaction des composés odorants volatils avec les récepteurs olfactifs.
Quand on sent un produit, les molécules suivent la voie nasale directe et l'on
parle alors d'odeur. Si l'aliment est en bouche, les substances volatiles
atteignent les récepteurs olfactifs par la voie rétronasale et on parle
d'arôme. Bien que les sens mis en œuvre (odorat et goût) soient différents, la
proximité des organes intervenant pour l'utilisation de ces sens et leur
connexion à travers le pharynx rendent la séparation des perceptions du goût et
de l'arôme difficile. On utilise alors le terme de "flaveur" pour
désigner l'ensemble des deux.
- La texture correspond aux forces et aux sensations,
autres que la flaveur, senties dans la bouche quand on mastique un aliment.
Globalement, on peut définir la
qualité organoleptique comme l'ensemble des critères reliés à l'apparence, la
flaveur et la texture du produit.
- La qualité sanitaire qui implique l’absence
d’éléments étrangers toxiques (parasites, résidus de produits phytosanitaires).
1.2.3.2 La
qualité d'usage et de service qui
peut être subdivisée également en trois paramètres :
-
L'aptitude à la
transformation.
-
L'aptitude à la
conservation.
-
La commodité d'emploi.
Pour les produits alimentaires
d'origine agricole ayant subi une transformation industrielle, la qualité peut
être souvent définie par la "règle des 4S": Sécurité, Satisfaction,
Santé, Service (Hervé 1997).
1.2.4 Facteurs
de détermination de la qualité des produits végétaux
La qualité finale d'un produit dépend
de nombreux paramètres :
-
le génotype du
cultivar,
-
les facteurs
environnementaux (sol, climat),
-
les techniques
culturales (alimentation en eau et en éléments nutritifs, protection
phytosanitaire),
-
la récolte (stade et
modalités),
-
les conditions de
stockage et de distribution (température de conditionnement en particulier),
-
les techniques de
transformation si le produit est transformé.
1.2.5 Historique
de l'amélioration pour la qualité des fruits de tomate pour la consommation en
frais
La qualité des fruits est un paramètre important pour
les sélectionneurs depuis quelques décennies, cependant la signification du
terme "qualité" a considérablement évolué.
Les principales composantes de la qualité du fruit
sont les suivantes (classées par ordre d'ancienneté en tant qu'objectif de
sélection) :
-
la forme du fruit, son
calibre, son homogénéité et l'absence de défauts,
-
la couleur externe,
-
la fermeté,
-
la durée de
conservation,
-
l'aspect interne
(couleur, texture),
-
la qualité
organoleptique,
-
les qualités
nutritionnelles.
On peut considérer, à ce jour, que les quatre
premières composantes ont atteint un niveau satisfaisant pour la quasi-totalité
des cultivars récents. Par contre les trois dernières représentent des
objectifs prioritaires.
1.2.5.1
La forme du
fruit, son calibre, son homogénéité et l'absence de défauts
Le début de la sélection pour ces paramètres en
France date des années cinquante. On est assez rapidement arrivé à cumuler dans
les mêmes types variétaux la précocité des types Marmande avec la régularité de
forme et de calibre de la variété Saint Pierre en sélectionnant des types avec
un nombre de loges intermédiaires (4-5 loges), une grosseur moyenne du fruit
étant le garant d'une tendance à une forme et un calibre plus réguliers et à
l'élimination d'un défaut récurrent chez les Marmande : la sensibilité à
l'éclatement.
1.2.5.2
La couleur
externe
La couleur du fruit dépend de la teneur en
caroténoïdes totaux en particulier du lycopène et du carotène. Plusieurs
mutations monogéniques agissent sur ces teneurs donc sur la couleur externe et
interne du fruit, les plus intéressantes sont : hp (high pigment qui occasionne une teneur accrue en lycopène et donc une couleur rouge
plus intense), hp-2 (high
pigment-2 qui entraîne une
augmentation du nombre de plastes et de leur capacité à synthétiser et stocker
les caroténoïdes, responsable d'une couleur rouge plus intense du fruit), ogc (old gold crimson qui induit une absence de β-carotène et
augmente aussi la teneur en lycopène), B (high beta qui, au
contraire, augmente la teneur en β-carotène jusqu'à 50% d'où une couleur
orange du fruit mûr) et Del (Delta augmente la teneur en δ-carotène ce qui induit
aussi une couleur orange du fruit mûr), r (yellow flesh) qui bloque
la catalyse des premiers cycles de la synthèse des caroténoïdes et induit une
couleur jaune du fruit. Ces mutations ont permis d'élucider la voie de synthèse
des caroténoïdes mais sont peu utilisées en sélection.
Globalement, il a été fait de gros progrès pour
l'obtention de fruits avec une couleur externe rouge intense souvent associée à
un épiderme brillant. Les fruits des cultivars modernes sont dépourvus de
défauts d'homogénéité de coloration occasionnés par des taches plus ou moins
sombres (communément appelés blotchy ripening).
Comme nous l'avons déjà mentionné au § 1.2.2, la
préférence pour des types "uniform colour" (sans collet vert) s'est peu à peu
généralisée, excepté pour les marchés méditerranéens traditionnels. Ce
caractère étant conféré par un seul gène, u, il a été relativement facile de l'introduire dans
la grande majorité des cultivars modernes.
1.2.5.3
La fermeté du
fruit
Les sélectionneurs de tomate ont intégré la fermeté
du fruit comme objectif à leurs programmes de sélection. Ils ont réussi à
améliorer la fermeté d'un fruit qui naturellement est plutôt mou. Ils y ont
d'ailleurs tellement bien réussi qu'on reproche parfois aux variétés apparues
depuis ces dix dernières années d'être trop fermes!
La fermeté est un caractère à déterminisme
polygénique qui a été sélectionné de manière classique (sélection
généalogique). La plus grande partie du travail a été réalisée aux Etats-Unis
ainsi qu'en Bulgarie. C'est L. pimpinellifolium (espèce présentant de petits fruits rouges de 2 à 3
g.) qui a servi de géniteur pour ce caractère, les premiers croisements datant
des années 1940. Les premières variétés ayant atteint un niveau de fermeté
vraiment satisfaisants sont : Flora Dade et Florida MH1 pour le marché de frais
et UC 82 pour l'industrie, ces trois cultivars originaires des Etats-Unis ont
été très cultivés dans le monde entier durant les années 1980. En France, les
travaux menés par l'INRA ont abouti au milieu des années 1980 à la mise sur le
marché des hybrides F1 Ferline, puis Fernova, pour le type à croissance
indéterminée et Valina pour la culture non tuteurée (génotype à croissance
déterminée).
1.2.5.4
La durée de
conservation
Trois approches différentes peuvent être associées
pour améliorer la durée de conservation :
- L'amélioration
pour la fermeté des fruits : il a été démontré que les variétés les plus fermes
se conservent plus longtemps (Philouze
1995).
- L'utilisation
de gènes qui inhibent la maturation à l'état homozygote mais la ralentissent
seulement à l'état hétérozygote : il existe plusieurs gènes ayant une action
sur la maturité des fruits, les deux principaux sont : rin (ripening inhibitor) et nor
(non ripening). Ces gènes
bloquent le phénomène appelé "crise climactérique" correspondant,
pour les fruits à maturation climactérique comme la tomate, au déroulement
normal des phénomènes de maturation liés à un pic de respiration et à la
synthèse endogène d'éthylène. Les génotypes homozygotes pour ces gènes rin ou nor
ne rougissent pas et ne ramollissent pas après récolte, ils peuvent donc se
conserver plusieurs mois. En création variétale, ces mutations sont utilisées à
l'état hétérozygote car elles sont incomplètement récessives et de ce fait
ralentissent la maturation sans l’inhiber totalement. Par contre ces génotypes
hétérozygotes sont moins bien colorés. Deux variétés hybrides F1 d'origine
israélienne possédant une structure hétérozygote pour le gène rin ont eu un gros succès commercial au cours de la
dernière décennie, il s'agit de Daniela et de Roncardo, deux exemples de
variétés "long life". Malgré leur succès, ces variétés ont participé
à un certain phénomène de dépréciation de la part du consommateur vis à vis des
variétés modernes du fait de l'influence négative du gène rin sur les saveurs et la texture du fruit (Causse
et al. 2001a).
- La
modification du processus de maturation par génie génétique (constructions
antisens) : deux voies principales (correspondant à deux cibles : l'enzyme
polygalacturonase et la voie de synthèse de l’éthylène) ont été explorées par
plusieurs équipes de recherche (pour revue, Alexander
et Grierson 2002). Dans chaque cas, la maturation reste climactérique mais elle est
fortement ralentie.
1.2.5.5
L'aspect interne
(couleur, texture)
Ce paramètre de la qualité reste actuellement un
problème pour les sélectionneurs qui ont quelques difficultés à allier une
présentation externe attractive avec un aspect interne de bon niveau. Ainsi les
variétés proposées actuellement au consommateur présentent souvent des zones
blanchâtres au niveau du mésocarpe ou encore des fibres dures et claires à
l'intérieur du péricarpe. Il semble donc évident qu'un aspect externe
irréprochable n'est pas le garant d'une bonne coloration interne ni d'une
texture homogène. Ces défauts s’ils ont une base génétique, sont exacerbés par
certaines conditions de milieu comme les fortes températures ou les faibles
hygrométries.
1.2.5.6
La qualité
organoleptique
Comme nous l'avons déjà énoncé dans l'introduction,
la qualité organoleptique est devenue un paramètre important de la qualité
globale de la tomate surtout depuis l'avènement des variétés dites "long
life". Une enquête réalisée par le CTIFL (Centre Technique
Interprofessionnel des Fruits et Légumes) à la fin de 1998 a mis en évidence
que la majorité des consommateurs de tomate "moyennement, peu ou pas
satisfaits" critiquaient le "manque de parfum en bouche" (Gry
2000).
L'INRA a développé plusieurs projets de recherche
avec différents partenaires (interprofession, sélectionneurs privés, …) depuis
une dizaine d'années dans le but de tenter d'améliorer les paramètres liés à la
qualité organoleptique.
1.2.5.7
La qualité
nutritionnelle
Les deux principaux composés contribuant à la qualité
nutritionnelle de la tomate sont le lycopène (pigment rouge au pouvoir
antioxydant) et la vitamine C.
Des programmes sont conduits dans certains pays pour
améliorer la teneur en vitamines des fruits. En France, la teneur en vitamine C
est un paramètre qui est de plus en plus souvent pris en considération (Philouze
1997).
1.2.6
Difficultés d'évaluation
de la qualité
L'amélioration de la qualité est, la plupart du
temps, relativement difficile ou complexe car les critères à prendre en compte
sont nombreux et souvent évolutifs. Il s'agit majoritairement de caractères à
déterminisme quantitatif et à héritabilité souvent faible. De plus les mesures
de qualité sont souvent indirectes et il peut donc y avoir un défaut de
corrélation entre les mesures effectuées sur des constituants du produit et sa
qualité finale.
Ces difficultés d'évaluation et donc d'amélioration
de la qualité des produits végétaux ont entraîné l'utilisation de plus en plus
généralisée dans les programmes d'amélioration de la qualité de techniques
d'analyse de plus en plus performantes (chromatographie, résonance magnétique,
analyses sensorielles) et l'adaptation des méthodologies de sélection avec
l'utilisation de différentes stratégies comme la méthode appelée « Advanced
Back-Cross QTL Analysis » ou AB
QTL (Tanksley et Nelson 1996) ou la sélection assistée par marqueurs (Hospital
et Charcosset 1997).
1.2.7 Outils de mesure et d'évaluation de la qualité
organoleptique
1.2.7.1 Mesures
destructives
Deux catégories de méthodes destructives existent :
les évaluations sensorielles et les mesures instrumentales, qu'elles soient
chimiques ou physiques.
Evaluations sensorielles
Les évaluations sensorielles peuvent être de deux
types : hédoniste ou analytique. Dans le premier cas, elles cherchent à
caractériser le plaisir ressenti par le dégustateur, il s'agit de tests de
préférence réalisés par des consommateurs non entraînés. Or, on sait que les
préférences alimentaires dépendent du produit dégusté mais aussi de conditions
intrinsèques au consommateur (Touraille
et al. 1993), ce qui entraîne un intérêt limité de cette méthode si ce n'est pour
connaître les préférences et les relier aux profils. Par contre, l'analyse
sensorielle est une technique scientifique rigoureuse, elle a prouvé son
efficacité dans différentes études concernant la qualité organoleptique de la
tomate (Causse et al. 2001b). Elle décrit objectivement les caractéristiques du produit par des
descripteurs sans décrire les préférences personnelles. Grâce à cette
technique, l'intensité de l'arôme fruité a été trouvée prépondérante pour la
flaveur de la tomate (Bucheli et al. 1999). Il existe différents types d'analyse sensorielle. Les profils
descriptifs sont ceux qui apportent le plus d'information. Ils consistent à
établir un profil sensoriel spécifique à chaque produit dégusté au moyen des
réponses fournies à un questionnaire par des jurys entraînés. La limite de la
technique consiste à la variabilité qui existe souvent entre les dégustateurs
ce qui oblige à utiliser des dispositifs avec plusieurs répétitions. Cette
démarche ne peut donc être utilisée que pour un nombre limité d'échantillons et
n'est pas transposable en sélection.
Mesures instrumentales
On ne dispose pas toujours des moyens humains
suffisants (par ailleurs limités au niveau des capacités sensorielles) pour
évaluer de nombreux génotypes sur l'ensemble des paramètres intervenant sur la
qualité organoleptique. Il est donc nécessaire et fiable pour la majorité des
paramètres de pouvoir automatiser ces évaluations par l'utilisation de
techniques instrumentales qui permettront de lier la perception sensorielle à
la composition des fruits.
Teneur en composés chimiques
-
Les sucres : Trois méthodes sont disponibles pour mesurer leur
teneur : (i) l'indice de réfraction (IR), il s'agit d'une méthode d'évaluation
relativement grossière car, en fait, elle mesure la teneur en solides solubles
qui n'est pas toujours corrélée de manière parfaite avec la teneur en sucre,
(ii) le dosage colorimétrique des sucres réducteurs (fructose et glucose qui
représentent environ 95% de la teneur en sucres totaux des fruits de L.
esculentum), (iii) la
chromatographie de haute performance en phase liquide (HPLC).
-
Acides et pH : Différents types d'acidité sont mesurables. Le pH
est une mesure de la concentration des ions H+ libres en solution à
l'aide d'un pH-mètre, il correspond partiellement à l'acidité titrable ou
acidité totale libre et ne renseigne pas réellement sur la quantité d'acides
totaux. Cette dernière est très dépendante de la teneur en acides majoritaires
(citrique et malique). L'acidité totale provient de la mesure de chacun des
acides séparément par HPLC, elle est donc supérieure à l'acidité titrable.
caracteres physiques
- Fermeté et élasticité : Diverses méthodes permettant d'évaluer la fermeté
des fruits existent. L'utilisation du pénétromètre appareil mis au point à la
station de technologie des produits végétaux de l'INRA d'Avignon par Duprat et
al en 1986 est remarquable car elle
produit des données fiables et mesure l'élasticité : le fruit est déformé de
manière paramétrée en fonction de son calibre et la force nécessaire à cette
déformation est mesurée (Fils-Lycaon et Buret 1990).
1.2.7.2 Mesures
non destructives
Ces méthodes présentent de nombreux avantages tels
que la possibilité de tester l'ensemble des fruits et la possibilité de les
commercialiser après évaluation. Une étude exhaustive en a déjà été faite (Abbott
et al. 1997). Chez la tomate, seules deux d'entre elles sont automatisées : les
mesures de la couleur et de la fermeté du fruit.
Mesure de la couleur
Les caractéristiques de la réaction d'un objet quand
il est exposé à la lumière ont été exploitées pour mesurer sa couleur. Afin que
la couleur soit exprimée de manière objective, certains appareils peuvent
convertir les couleurs situées dans la plage de perception humaine en un code
numérique. Dans le cas de la tomate, c'est le système L a b qui est le plus utilisé car il permet de discerner
les petites différences de couleur. Trois paramètres permettent de décrire la
couleur : la teinte, la saturation et la clarté. Le rapport a/b correspond
à la teinte, il est souvent utilisé comme critère de qualité. La valeur L
mesure la clarté ou la luminosité du fruit. L'utilisation du chromamètre est
également intéressante pour l'évaluation de la teneur en pigments car il a été
démontré (Arias et al. 2000) que la corrélation entre les mesures effectuées avec un chromamètre
Minolta et la teneur en lycopène était bonne. Cette observation a été précisée
plus récemment (Saliba-Colombani et al. 2001) : c'est le paramètre a
qui est logiquement le mieux corrélé à la teneur en ce pigment.
Mesure
de la fermeté du fruit
Un appareil appelé Durofel peut mesurer la fermeté de
manière non destructive. Cet appareil est muni d'un petit embout qui s'enfonce
quand on le presse contre l'objet à mesurer. La résistance du fruit au
déplacement de l'embout détermine sa fermeté. C'est cet appareil qui est
utilisé principalement dans nos études.
Des travaux ont montré qu'aucune substitution totale
des analyses sensorielles par des méthodes physico-chimiques ne peut être
envisagée et ceci tout particulièrement pour les arômes et la texture. Toutes
les mesures effectuées sont non seulement complémentaires mais encore
insuffisantes pour déterminer les qualités physiques, biochimiques et
organoleptiques. D'importantes interactions sont observées entre saveurs,
arômes et textures dans la perception sensorielle et, de ce fait dans la préférence
des consommateurs (Causse et al. 2001a).
1.2.8 Composantes
de la qualité
La qualité organoleptique peut être décomposée en
deux classes : les composantes chimiques et les composantes physiques.
1.2.8.1 Composantes
chimiques
La flaveur de la tomate est le résultat de l'effet
cumulé des différents composés volatils et non volatils.
Le fruit est constitué d'eau et de matière sèche
(MS). Le pourcentage de la MS dans le fruit mûr est d'environ 5 à 6% pour les
cultivars destinés au marché de frais, la MS étant constituée pour moitié de
sucres, pour un quart d'acides organiques, de lipides et de minéraux, le quart
restant étant formé essentiellement de la MS insoluble (protéines, pectine,
cellulose et hémicellulose), (Davies
et Hobson 1981).
La teneur en MS totale dépend des quantités relatives
d'eau et d'assimilats importés par le fruit pendant sa croissance, 90% de la MS
totale provenant de l'importation depuis les feuilles. La principale forme
d'importation d'assimilats est le saccharose.
Nous décrivons ci-dessous les différents composés
chimiques ayant un effet sur la qualité organoleptique de la tomate.
Sucres
A maturité, le contenu total en sucres d'un fruit de
tomate est d'environ 50% de la MS, taux évidemment variable en fonction du
génotype et des conditions de milieu. Ces sucres correspondent essentiellement
aux sucres réducteurs : fructose et glucose répartis dans des concentrations
presque équimolaires (Davies et Hobson 1981). La teneur en saccharose dépasse rarement 2% de la MS chez L.
esculentum. Par contre, chez
certaines espèces sauvages à fruits verts (L. chmielewskii, L. hirsutum), le saccharose est le sucre dominant.
Les sucres sont des composés majeurs du goût. Le
fructose a un pouvoir sucrant plus important et contribue beaucoup au goût
sucré de la tomate.
L'augmentation de la teneur en sucres dans le fruit
lors de la maturation est due à l'importation de saccharose via la
photosynthèse et de l'hydrolyse des réserves d'amidon du fruit. Le sucre est
transporté des feuilles aux fruits sous forme de saccharose par voie
symplastique (via les plasmodesmes) et/ou par voie apoplastique (via les parois
cellulaires). Dans le premier cas, il est hydrolysé en hexoses (UDP-glucose et
fructose) par la saccharose synthase dans le cytosol et dans le deuxième par
l'invertase des parois cellulaires avant de pénétrer dans les cellules.
Le rôle physiologique majeur de la saccharose
synthase est de cliver le saccharose donnant ainsi de l'UDP-Glucose pour la
synthèse de la cellulose et des hémicelluloses (Wang
et al. 1994). L'activité de cette enzyme est étroitement liée à la croissance du
fruit et à l'accumulation d'amidon, elle contribuerait donc au développement du
fruit par le biais de la régulation de l'importation du carbone dans le fruit.
L'invertase acide hydrolyse le saccharose en hexoses
ce qui induit un rôle prépondérant de sa part dans les apports énergétiques de
la plante. Les invertases acides sont divisées en deux groupes : les formes
vacuolaires ou solubles et les formes extracellullaires ou transmembranaires
localisées dans les tissus en croissance rapide. Chez la tomate, l'activité de
l'invertase acide est présente au cours du développement du fruit, les hexoses
stockés dans la vacuole étant les premiers stocks d'hydrate de carbone (Klann
et al. 1993).
Acides organiques
Les acides organiques, en majorité citrique et
malique, forment plus de 10% de la MS des tomates ; ce sont des composés
importants dans la détermination de la flaveur puisqu'ils sont responsables de
la saveur acide du fruit. L'acide malique a une saveur acide plus intense que
l'acide citrique, cependant son influence sur la saveur acide chez la tomate
est plus faible, car il est en concentration moindre à maturité. En moyenne
l'acide citrique est responsable pour 60% de la saveur acide de la tomate.
L'acidité du fruit est maximale au stade tournant, puis diminue progressivement
au cours de la maturation. Les acides sont vraisemblablement synthétisés in
situ dans le fruit à partir du stock
de sucres disponible.
Acides aminés libres
En moyenne, ils représentent environ 2% de la MS.
Leur concentration est cependant très variable en fonction des génotypes, des
conditions de milieu et des méthodes d'analyse. L'acide glutamique est le plus
présent de ces acides aminés libres (Kader
et al. 1978). Durant la maturation, une augmentation très rapide de sa concentration
a été observée.
Les acides aminés, notamment le glutamate, peuvent
avoir un effet d'exhausteur de goût.
Minéraux
Les minéraux constituent en moyenne 8% de la MS du
fruit de tomate, leur effet est surtout important sur le pH et l'acidité
titrable. Le potassium forme environ 80% des cations et le phosphate la moitié
des anions. Durant le développement et la maturation des fruits, la quantité de
minéraux augmente, mais la concentration par rapport à la MS reste inchangée.
Les sels (composés de minéraux) jouent un rôle important dans la flaveur et
peuvent intensifier la saveur sucrée (de
Bruyn et al. 1971).
Vitamines
Les plus présentes dans le fruit sont les vitamines C
et A. Le β-carotène est le principal précurseur de la vitamine A. En plus
de son importance nutritionnelle, il joue un rôle important dans la qualité
organoleptique en tant que précurseur d'arômes. La vitamine C pourrait
également jouer un rôle dans le transport trans-membranaire (Wheeler
et al. 1998) et en tant qu’anti-oxydant, protecteur pour la plante.
Composés aromatiques
Chaque fruit est caractérisé par un profil aromatique
qui lui est spécifique et qui est responsable de sa flaveur typique (Salunkhe
et Do, 1976, cité par Saliba-Colombani, 2000). Les concentrations en composés
volatils du fruit de la tomate sont influencés par le génotype, les conditions
de milieu, le stade de récolte et le traitement post-récolte. Plus de 400
composés aromatiques ont été identifiés chez la tomate (Petro-Turza
1987). Les composés responsables des arômes regroupent des molécules douées
d'une certaine volatilité et présentes, pour la plupart, à l'état de trace
(mg/kg ou µg/kg de matière fraîche). Ces composés sont donc souvent très
réactifs, sensibles à la chaleur et appartiennent à des familles chimiques
extrêmement diverses : alcools, aldéhydes, esters, cétones, terpénols, …. La
description des arômes est détaillée par Petro-Turza (1987). Les principaux
composés participant à la flaveur caractéristique de la tomate (note fraîche,
verte) sont les suivants : le cis-3-hexène-al [ou (Z)-3-hexenal], l'hexanal et
le 1-octène-3-one (Krumbein et Auerswald 1998).
Pour Petro-Turza (1987), la flaveur de la tomate est
due pour l'essentiel aux composés suivants : les sucres réducteurs (fructose et
glucose), les acides libres (principalement l'acide citrique), leur ratio,
ainsi que des substances volatiles (pas encore toutes identifiées) et leurs
interactions. Parmi les minéraux, le potassium et le phosphate peuvent affecter
indirectement le goût. Par contre l'effet des acide aminés libres n'est pas
encore prouvé de manière irréfutable.
Par contre, les arômes caractéristiques du fruit de
la tomate dériveraient de la dégradation à maturité des acides gras, de
certains acides aminés, de composés phénoliques, des vitamines et des caroténoïdes.
1.2.8.2 Composantes
physiques
Apparence externe du fruit
Elle a une importance capitale sur les tris qui sont
faits par les agriculteurs et les intermédiaires placés en amont des
consommateurs ; elle peut également influencer grandement le choix du
consommateur. Tous les participants de la filière seront particulièrement
attentifs à la forme, l'absence de défauts externes, la couleur et son brillant
ainsi qu'à la taille des cicatrices des attaches pédonculaires et pistillaires.
Parmi ces paramètres, le consommateur sera
particulièrement attentif à la couleur qui indique de manière directe les
niveaux de maturité et de fraîcheur du fruit. La couleur de la tomate est la
résultante de l'association des couleurs de l'épiderme et de la chair. Ainsi
pour une chair normalement colorée, on pourra avoir une apparence du fruit soit
rose (si l'épiderme est incolore), soit rouge (si l'épiderme est rouge orangé).
Texture
Elle résulte principalement de caractéristiques
perçues en bouche liées à la chair, à la présence du gel contenu dans les loges
du fruit et à l'épaisseur ou à l'élasticité de la peau. Le contenu des cellules
joue un rôle important dans sa perception, par exemple la présence de grains
d'amidon non hydrolysés dans les cellules peut engendrer une perception de
texture farineuse.
Il s'agit d'un paramètre dont l'étude est difficile
en raison de la diversité des critères nécessaires pour son évaluation globale
et de leur évolution au cours de la maturation (Harker
et al. 1997, Causse et al. 2001a).
La texture d'un fruit au stade de sa consommation est
déterminée par des facteurs génétiques et par les processus biochimiques et
physiologiques qui ont lieu dans les tissus durant le développement et la
maturation du fruit.
Leur signification peut varier suivant l'espèce
étudiée et les utilisateurs.
Texture et flaveur sont les deux critères
d'appréciation les plus importants pour le consommateur (Gry
2000). Quand la texture atteint un niveau trop faible, la flaveur ne suffit
plus, à elle seule, à compenser l'appréciation globalement défavorable d'un
fruit (Szczesniak et Kahn, 1971, cité par Saliba-Colombani, 2000). Par contre
dans une autre étude faisant intervenir l'analyse sensorielle, un niveau aromatique
élevé permettait de contrebalancer au moins partiellement une texture farineuse
(Causse et al. 2001a).
1.2.9 Facteurs (autres que génétiques) intervenant dans la
variation de la qualité organoleptique de la tomate
1.2.9.1 Influence
de l'environnement
Mode de culture
Des modes de culture très divers sont utilisés pour
la production de tomate suivant les lieux et les époques de production dans
l'année. Actuellement en France, deux modes de cultures principaux sont
utilisés : d'une part la serre verre chauffée avec différentes possibilités de
substrat (laine de roche, pouzzolane, tourbe, culture hydroponique, …), pour ce
type d'itinéraire cultural, on rencontre essentiellement des cultures de longue
durée qui sont mises en place principalement en automne et dont les récoltes
sont poursuivies jusqu'en été ; et d'autre part les "abris froids"
correspondant à des tunnels plastique dont la température est maintenue en
"antigel", il s'agit dans ce cas de cultures qui s'étalent sur le
printemps et / ou l'été.
Une comparaison de fruits provenant de trois modes de
culture distincts a été effectuée : pleine terre, hydroponique et biologique
pour leur composition nutritionnelle et leur qualité sensorielle. La saveur et
la texture des fruits ne présentaient pas de différence significative. Par
contre les aspects externes et internes des fruits issus de la culture
traditionnelle étaient mieux perçus et la teneur en vitamine C des fruits
récoltés en culture biologique était significativement inférieure (Auclair
et al. 1995).
Une autre étude a révélé une plus grande teneur en
sucres réducteurs et une acidité totale plus faible des fruits issus de culture
hors sol comparés à ceux obtenus par culture en pleine terre (Buret
et Duprat 1985).
Un travail déjà cité (Causse
et al. 2001a), mené d'une part en serre hors sol de printemps (substrat utilisé :
tourbe) et d'autre part en pleine terre en été sur deux années consécutives a
mis en évidence la difficulté de trouver des différences significatives pour
l'ensemble des caractères impliqués dans la qualité organoleptique. Il en
ressort cependant que pour une des deux années, les conditions de culture en
plein champ entraînent une meilleure appréciation en analyse sensorielle en
particulier pour la saveur sucrée et la fermeté ; par contre le caractère
farinosité semble exacerbé par ces conditions.
Nutrition minérale
Le potassium contribue au contenu en acides totaux
(Davies et Winsor, 1967, cité par Saliba-Colombani, 2000).
Les conditions d'alimentation des plantes
(particulièrement l’électroconductivité des solutions nutritives) influencent
la teneur en sucres dans les fruits.
Température
La température subie par la plante est un facteur
primordial pour la qualité des fruits. Une faible température peut entraîner
des défauts de coloration, une augmentation de l'acidité titrable et une teneur
diminuée en vitamine C (La Malfa et al, 1995, cité par Saliba-Colombani, 2000).
Des températures diurnes faibles durant la formation
du pollen (inférieures à 15°C) ou élevées (supérieures à 35°C) favorisent le
déclenchement de la parthénocarpie facultative conférée par le gène pat-2. Ces génotypes ne présentent pas d'irrégularité de
forme ou de calibre ni de fruits creux fréquents chez les cultivars normaux (Philouze
1983).
Des températures élevées peuvent raccourcir la durée
de croissance du fruit et, de ce fait, diminuer le poids du fruit car ce
paramètre est déterminé par les divisions cellulaires et la durée des
expansions cellulaires (Ho 1996). Les hautes températures limitent également la synthèse du lycopène.
Lumière
La lumière a un effet primordial sur la concentration
en sucres (Davies et Hobson 1981).
Charge en feuilles et en fruits
Un effeuillage excessif peut entraîner une chûte de
la concentration en sucres des fruits (Davies
et Hobson 1981). La position du fruit sur le bouquet est primordiale pour son poids,
un fruit en position terminale étant constitué d'un nombre de cellules moins
important qu'un fruit en position initiale sur le même bouquet (Gillaspy
et al. 1993).
1.2.9.2 Stade
de maturation à la récolte
Il a été prouvé que le stade de récolte était un
facteur déterminant pour la teneur en acides (Baldwin
et al. 1991), en sucres et en composés aromatiques. Il a également été montré que le
stade de récolte était primordial pour obtenir une bonne coloration finale des
fruits grâce à l'augmentation de la teneur en pigments durant la maturation (Picha
1986).
Il a été aussi conclu suite à une expérimentation
menée sur trois cultivars dont les fruits ont été récoltés à deux stades
différents (stades de coloration 3-4 ou 6-7) et qui ont subi des températures
de conservation de 4°C ou de 12°C durant 6 jours puis un séjour à 18°C pour
leur permettre d'atteindre le stade de consommation, que le facteur
"température de conservation" est plus important que le stade de
récolte. Ainsi les modalités conservées à 4°C sont moins juteuses et moins
fondantes et montrent moins d'arôme et d'odeur. Par contre les lots conservés à
12°C sont perçus de manière voisine par rapport aux témoins récoltés la veille
de la dégustation (Causse et al. 2001a).
1.2.9.3 Conditions
de conservation
Les conditions de conservation sont primordiales pour
le bon maintien du potentiel de qualité. Ainsi les fruits de trois génotypes
ont été récoltés à leur optimum de qualité (stade 9-10 de coloration) et
conservés à 4°C pendant 6 ou 12 jours. Le lot témoin pour chaque cultivar
étudié était récolté au stade 11 la veille de la dégustation. Pour tous les
génotypes, le lot témoin se distinguait par des niveaux d'arôme et d'odeur plus
élevés et une perception plus sucrée et moins acide. Cet essai a confirmé des
défauts souvent cités par les consommateurs tels que des textures fermes et
farineuses ou un faible niveau aromatique pour les fruits conservés au froid (Causse
et al. 2001a). On savait déjà qu'un séjour prolongé au froid diminuait fortement la
concentration moyenne en arômes volatils (Buttery
et al. 1987).
On sait par ailleurs, que de mauvaises conditions de
conservation favorisent la dégradation de la vitamine C par oxydation (Weichmann
1986).
1.3 Les
bases moléculaires de la qualité de la tomate
1.3.1
Caractéristiques
du génome
La tomate est une espèce diploïde à 12 paires de
chromosomes. La taille du génome est d'environ 950 Méga bases (Mbp)/1C. Cette
valeur varie, en fonction des
variétés étudiées, entre 900 et 1000 Mbp/1C. Elle varie également à l'intérieur
du genre Lycopersicon : d'environ
880 Mbp/1C pour L. cheesmanii à
environ 1250 pour L. pennellii, L.
peruvianum présentant une valeur
moyenne de 1100 (Arumuganathan et Earle 1991). Le nombre moyen de Kilobases (kb) par centiMorgan (cM) a été estimé à
750 par Arumuganathan et Earle, 1991. Le génome de la tomate est considéré comme un petit génome bien
qu'étant respectivement 2 et 7 fois plus grand que le génome du riz (Oryza
sativa) et celui de l’arabette (Arabidopsis
thaliana). Il est par contre 3 fois
plus petit que celui du maïs (Zea mays).
Une étude basée sur l'analyse de banques de données
d'EST a permis de faire une estimation du nombre de gènes (35.000) et de leur
répartition sur l'ensemble du génome (ils sont principalement répartis sur
l'euchromatine qui correspond à environ 20% de l'ADN nucléaire, Van der Hoeven
et al. 2002).
A la différence de nombreuses autres espèces pour
lesquelles les séquences répétées sont largement majoritaires dans le génome,
dans le cas de la tomate, ces séquences ne représenteraient qu'environ 13 % (Peterson
et al. 1998). De plus, la majorité des gènes chez la tomate sont monolocus ou
présents en faible nombre de copies (Bernatzky
et Tanksley 1986).
1.3.2
Amélioration
génétique
La
tomate est devenue une espèce modèle pour les études génétiques pour diverses
raisons : la grande variabilité disponible à l'intérieur du genre Lycopersicon, la relative facilité pour croiser l'espèce cultivée
avec les espèces sauvages, la facilité pour obtenir des descendances
autofécondées qui permettent l'expression rapide des mutations récessives [avec
une "ombre au tableau" cependant : l'impossibilité d'obtenir des
descendances haploïdes doublées contrairement à d'autres Solanacées comme le
piment ou l'aubergine (Chambonnet 1985)], la facilité des hybridations contrôlées et l'absence de régions
répétées dans le génome contrairement au piment (Tanksley
et al. 1992). De plus, la plante se cultive facilement, on dispose de génotypes à
cycle très court (12 semaines du semis au fruit mûr dans les conditions les
plus favorables), les fruits contiennent une centaine de graines en moyenne et
ces graines ne nécessitent pas de période de dormance. De ce fait, et en raison
également de la taille relativement petite de son génome, une carte génétique
saturée par marqueurs moléculaires de l'espèce a été établie précocement par
rapport à de nombreuses autres espèces d'intérêt (Tanksley
et al. 1992). Par ailleurs, plus de 100.000 EST provenant de plus de 20 banques de
tissus ou d'organes différents ont été séquençés (T.I.G.R. 2003).
Les
plus anciens témoignages de tentatives de sélection datent, en Europe, de la
fin du XIXème. Siècle. Mais c'est aux Etats-Unis que la sélection
s'est d'abord développée (Rick 1978). Actuellement de nombreuses variétés cultivées (des hybrides F1 pour la
plupart) sont inscrites sur les différents catalogues chaque année dont une
trentaine en moyenne pour le catalogue français. En 1999, 54 nouvelles variétés
sont venues s'ajouter sur une liste déjà fort longue (300 variétés environ sont
présentes sur le catalogue officiel français). Près de 2000 variétés de tomate
sont à la disposition des producteurs européens (Gry
2000).
La production à grande échelle d'hybrides de tomate
est facilitée par la taille des fleurs qui peuvent être facilement manipulées
pour la castration ou la récolte du pollen. Le coefficient de multiplication
(rendement en graines par fruit récolté) est élevé : de 50 à 200 dans la
plupart des cas. Les hybrides F1 présentent de nombreux avantages : une plus grande
vigueur, une meilleure précocité, un développement rapide de combinaisons de
caractères souhaitables et un retour sur investissement assuré pour les
sociétés de sélection.
En résumé, on peut dire que la tomate, bien qu'espèce
autogame peut être améliorée comme une espèce allogame et cela sans craindre
d'effet dépressif plus communément connu sous le nom d'effet d'inbreeding.
Les
caractères les plus importants qui aient été introduits au cours de ces longues
années d'amélioration sont : la précocité, le rendement, la grosseur du fruit,
le gène u (pour uniform colour) qui confère une couleur uniforme du fruit empêchant
la rétention inopportune de chlorophylle autour du pédoncule, le gène sp (pour self-pruning) qui entraîne le port déterminé de la plante et de
nombreux caractères d'adaptation au milieu, de résistance aux maladies et de
qualité du fruit.
La tomate cultivée contient seulement une petite
fraction de la variabilité génétique présente dans les espèces sauvages du même
genre. Or ces espèces sauvages ont une grande valeur potentielle à cause de la
diversité de leur matériel héréditaire en brassage perpétuel pour la plupart
d'entre elles puisqu'elles sont préférentiellement allogames.
Depuis maintenant une cinquantaine d'années, ces
espèces sont utilisées pour leur caractères d'adaptation au milieu (tolérance
au froid : L. hirsutum, tolérance à la salinité : L
cheesmanii, tolérance à la
sècheresse : L. pennellii, …),
pour leurs gènes de résistance aux maladies (virus de la mosaïque du tabac : L.
peruvianum, Corynebacter michiganense : L. hirsutum, …), ou leurs apports relatifs à la qualité du fruit
(richesse en β carotène : L.
cheesmanii, teneur élevée en solides
solubles : L. chmielewskii, teneur
élevée en sucres réducteurs : L. pennellii …). Actuellement la très grande majorité des variétés
de tomate cultivées possède plusieurs gènes qui ont pour origine une ou
plusieurs espèces sauvages (Laterrot
1989). La tomate est vraisemblablement l'espèce cultivée chez laquelle les
espèces sauvages ont été le plus utilisées dans les programmes de sélection.
1.3.3 Utilisation
des marqueurs moléculaires et des cartes génétiques pour l'étude de la qualité
de la tomate
1.3.3.1 Généralités
Les marqueurs sont des "étiquettes"
cartographiées sur un génome qui permettent de suivre la variation génétique.
Ils peuvent être morphologiques ou moléculaires. Un bon marqueur génétique doit
présenter les qualités suivantes : codominant, multiallélique, neutre, non
épistatique et insensible au milieu. Les marqueurs moléculaires ont peu à peu
et en grande partie suppléé les marqueurs morphologiques. Les origines de
polymorphisme révélées par les marqueurs de l'ADN peuvent être de trois types :
variation de séquence, insertion-délétion, différences dans le nombre d'unités
de répétitions dans les régions répétées (de
Vienne 1998).
Une carte génétique est constituée d'un ensemble de
marqueurs génétiques placés le long des chromosomes en fonction de leurs
liaisons génétiques. On peut déclarer deux locus liés par deux méthodes : le
test du Chi-2 ou la méthode du "LOD score" (logarithm of the odds
ratio ou logarithme du rapport des
vraisemblances). La valeur du LOD score est égale au logarithme du rapport des
vraisemblances entre l'hypothèse de liaison avec un taux de recombinaison r et
l'hypothèse de non-liaison avec r = 0.5 (r représente la fréquence de
recombinaison entre les 2 locus). Quatre étapes sont nécessaires à la
construction d'une carte génétique : (i) estimation des taux de recombinaison
entre tous les couples de marqueurs, (ii) regroupement des marqueurs liés entre
eux en groupes de liaison, (iii) ordonnancement des marqueurs à l'intérieur de
chaque groupe de liaison, (iiii) conversion des taux de recombinaison en
distances génétiques exprimés en cM. Les logiciels de cartographie génétique
les plus employés sont les suivants : Mapmaker (Lander
et al. 1987) pour les descendances issues de lignées fixées et Joinmap (Stam
1993) pour la cartographie de populations issues de croisements entre
génotypes hétérozygotes.
Pour être fiable, la construction d'une carte doit
respecter certaines règles : (i) choix de parents plus ou moins éloignés en
fonction du degré de polymorphisme propre à l'espèce, (ii) homozygotie (si
possible) des parents, (iii) nombre minimal d'individus pour une estimation
précise des fréquences de recombinaison.
Le choix des marqueurs utilisés dépend surtout du
type de population choisie ; les marqueurs codominants sont les plus
informatifs puisqu'ils permettent de révéler la classe hétérozygote par contre
ils ne sont d'aucune utilité dans le cas de populations issues d'haploïdes
doublés.
Une carte est considérée saturée quand tout nouveau
marqueur ajouté se cartographie sur l'un des groupes de liaison déjà existants
et quand le nombre de groupes de liaison est égal au nombre de chromosomes.
1.3.3.2 Marqueurs
et cartes génétiques de la tomate
La première carte génétique de la tomate a été
construite à partir de marqueurs isoenzymatiques (Chetelat, 1989, cité par
Saliba-Colombani, 2000) mais cette technique est de peu d'intérêt chez L.
esculentum en raison du faible taux
de polymorphisme à l'intérieur de l'espèce (Rick
1974).
Les premiers marqueurs de l'ADN développés chez la tomate
ont été les RFLP. En 1992, une carte haute densité constituée d'environ 1000
marqueurs RFLP a été publiée (Tanksley
et al. 1992). Elle reste une référence pour toutes les études génétiques chez la
tomate, mais aussi pour les genres voisins Capsicum et Solanum (Livingstone
et al. 1999, Doganlar et al. 2002a, Doganlar et al. 2002b).
De nombreux autres marqueurs ont été développés
depuis une dizaine d'années, en particulier ceux basés sur la technique PCR :
les Random Amplified Polymorphism
DNA ou RAPD, les marqueurs microsatellites, les Amplified Fragment Length
Polymorphism ou AFLP, … (pour revue,
de Vienne 1998).
1.3.3.3 Recherche
de QTL
On peut distinguer deux types de caractères
génétiques : ceux à déterminisme Mendélien et les caractères quantitatifs. Les
premiers sont faciles à étudier car ils présentent une distribution discontinue
et on peut en distinguer les classes phénotypiques facilement. Les seconds sont
caractérisés par une variation continue et on ne peut pas distinguer aisément
de classe. La variation de ces caractères quantitatifs est contrôlée par
plusieurs locus appelés QTL (Quantitative Trait Locus).
La cartographie de ces QTL et l'évaluation de leurs
effets individuels est possible depuis l'avènement des marqueurs moléculaires.
Leur détection est basée sur le déséquilibre de liaison qu'on peut observer
entre les allèles du locus marqueur et ceux du QTL lié. Plusieurs méthodes de
recherche de QTL existent (pour revue, de
Vienne 1998).
1.3.3.4 Caractérisation
et utilisation de QTL
Le but majeur de la recherche et de la cartographie
de QTL est de fournir les éléments de départ pour la sélection de génotypes
améliorés ou pour détecter et caractériser le ou les gènes responsables de la
variation du caractère. Toutefois, les grands intervalles de confiance obtenus
autour des QTL par cartographie "classique" limitent leur intérêt.
La cartographie fine du secteur chromosomique sur lequel
le QTL a été cartographié permet de mieux le situer, facilitant ainsi son
clonage positionnel ou la sélection assistée par marqueurs. Deux voies sont
possibles pour la caractérisation d'un QTL : le clonage positionnel ou la
recherche de gènes candidats.
La cartographie fine
Il est indispensable de "disséquer" la
composition génique d'un QTL pour permettre sa caractérisation. En effet un QTL
peut résulter de deux gènes (voire plus) sur le même fragment de chromosome.
Leur liaison peut être rompue par crossing-over ce qui nécessite des effectifs
d'autant plus importants que les gènes sont proches et une cartographie de
haute résolution pour leur mise en évidence au niveau génétique (Tanksley
1993).
Cependant on ne dispose pas toujours d'une population
d'effectif suffisant et / ou d'une densité en marqueurs suffisamment élevée.
Dans ce cas la mise en œuvre d'une stratégie de cartographie fine s'avère
indispensable. Elle consiste à comparer les effets des allèles des QTL dans du
matériel quasi-isogénique sauf pour de petits secteurs du fragment étudié (Paterson
et al. 1990, Lecomte et al. 2003).
Clonage de gènes et de QTL
Lorsqu'on souhaite caractériser un gène ou un QTL et
connaître sa séquence, deux méthodes peuvent être utilisées : le clonage par
mutagenèse d'insertion (transposon tagging) et le clonage positionnel (map-based cloning).
Le clonage d'insertion par mutagénèse consiste à insérer un transposon dans
ou près d'un gène bloquant ainsi son expression. En utilisant le transposon
comme sonde, la région proche de son insertion peut être identifiée et clonée.
Cette technique est surtout utilisée en génétique inverse pour rechercher un
phénotype associé à un gène particulier. Chez la tomate, quelques dizaines de
lignées d'insertion sont disponibles. Elle est plus adaptée aux espèces modèles
grâce aux collections de mutants d’insertion.
Le clonage positionnel permet d'isoler des gènes pour qui seuls le phénotype
et la position sur la carte sont connus. Il consiste à localiser le gène ou le
QTL dans une région suffisamment petite pour pouvoir examiner tous les gènes de
cette région. Cette démarche peut être scindée en trois étapes principales :
(i) la cartographie classique du gène ou du QTL suivie d'un enrichissement de
la région par des marqueurs. On peut utiliser à cette étape la technique de
Bulk Segregant Analysis (Michelmore et al. 1991) complétée par un enrichissement en marqueurs grâce à la technique AFLP (Vos
et al. 1995), on réalise ensuite des lignées quasi-isogéniques pour affiner la
cartographie. La principale limite de cette étape est le grand effectif qui
peut être nécessaire (Fridman et al. 2000) ; (ii) puis il faut estimer la relation entre distance génétique
(cM) et distance physique (kb ou Mb). Si cette distance est susceptible de
porter un nombre de gènes trop important (séquence trop longue ou région plus
riche en gènes), il faut affiner encore la cartographie en créant de nouveaux
recombinants et en ajoutant de nouveaux marqueurs ; (iii) enfin il faut
hybrider les marqueurs les plus proches du gène cible avec des banques de
grands fragments : BAC (Bacterial Artificial Chromosome) ou YAC (Yeast
Artificial Chromosome), détecter les clones les plus intéressants et les
ordonner pour arriver jusqu'au gène cible (Delseny
1999). De nombreux gènes ont pu être clonés par cette approche, en voici
quelques exemples : Pto (Martin
et al. 1993), fw2.2 (Alpert
et Tanksley 1996), B et ogc
(Ronen et al. 2000), Lin5 (Fridman et al. 2000), rin (Vrebalov et al. 2002) ou encore ovate (Liu
et al. 2002). La complémentation par transformation par le gène cloné permettra de
valider le candidat.
1.3.4 La
démarche gène candidat
La mise en évidence des QTL se fait en général à
l’aide de marqueurs anonymes ce qui ne permet pas de les caractériser. Leur
caractérisation peut être abordée par deux voies différentes :
-
si on ne dispose pas
d'information sur le déterminisme physiologique et moléculaire du caractère, on
utilisera la mutagenèse d'insertion ou le clonage positionnel suivant les
espèces travaillées (cf. §
1.3.3.4)
-
par contre si des
informations sont disponibles sur la physiologie du caractère, en particulier
les fonctions des gènes impliqués, il est plus facile de rechercher ceux dont
le polymorphisme pourrait expliquer une part de la variation du caractère, on
appelle ces gènes les "gènes candidats".
La confirmation du rôle d'un gène dans la variation
d'un caractère pourra se réaliser, elle aussi de différentes manières qui sont
complémentaires :
-
par cartographie fine,
-
par recherche
d’associations entre le polymorphisme de ce gène et la variation du caractère
dans des populations où le déséquilibre de liaison est très faible (lignées non
apparentées),
-
par analyse de la
variation aux niveaux protéique, biochimique ou métabolique,
-
par complémentation par
transformation.
1.3.4.1 Historique
Cette stratégie s'est développée depuis une dizaine
d'années en génétique végétale. Précédemment, elle avait obtenu ses premiers
résultats en génétique humaine (Riordan et al, 1989 ; Jeunemaître et al, 1989, cités par Pfiegler et al, 2001).
1.3.4.2 Description
de la démarche
Quand le clonage de gènes (clonage positionnel ou
mutagenèse d'insertion) est rendu impossible par la taille du génome et / ou
l'absence de transposons dans l'espèce étudiée mais que des suppositions sont
possibles en ce qui concerne les fonctions biologiques dans lesquelles peuvent
être impliqués les gènes d'intérêt, alors la stratégie gène candidats peut être
appliquée (Byrne et al. 1996). Les gènes candidats peuvent être des gènes dits
"structuraux" (codant pour une enzyme par exemple) ou des gènes
impliqués dans la régulation d'un métabolisme (comme les facteurs de
transcription). Sachant que de nombreux caractères importants en amélioration
des plantes sont complexes et à hérédité quantitative (résultat de l'action de
plusieurs gènes cartographiés avec des intervalles de confiance importants et
pouvant être influencés par l'environnement), cette stratégie est plus adaptée
que la caractérisation par clonage positionnel ou mutagenèse d'insertion.
La définition du terme "gène candidat"
différera suivant que l'on se place d'un point de vue "physiologique"
où tous les gènes impliqués dans l'expression d'un caractère donné sont
considérés comme candidats ou d'un point de vue "génétique" où ce
sont seulement les gènes polymorphes potentiellement impliqués dans la
variation du caractère en raison de leur fonction biologique (candidats
fonctionnels) ou de leur position sur la carte (candidats positionnels) qui
sont considérés comme candidats (Pflieger
et al. 2001).
1.3.4.3 Choix
des GC
GC fonctionnels
Quand les aspects biochimiques et / ou physiologiques
liés au caractère sont connus, les GC peuvent être choisis parmi des gènes
clonés connus pour intervenir dans le métabolisme étudié. Si aucune séquence
n'est connue, on peut se référer à des bases de données alimentées par des EST
provenant d'espèces voisines. L'utilisation de banques d'ADNc spécifiques aux
différents organes et / ou aux stades de développement étudiés permet d'avoir
une bonne base de départ. L'utilisation de mutants conférant des phénotypes
extrêmes pour le caractère dans l'espèce étudiée mais aussi dans des espèces
proches, pour lesquelles la connaissance du génome est plus avancée (A.
thaliana dans le cas de la tomate et
des dicotylédones en général et O. sativa pour les monocotylédones) peut aider aussi au choix du gène candidat.
GC positionnels
La colocalisation après cartographie fine du QTL et
du GC permettra de donner du poids à l'hypothèse. On peut se servir dans ce cas
aussi d'espèces plus ou moins apparentées dont les génomes sont mieux connus
(cartographie comparée), car il a été démontré que des espèces appartenant à la
même famille ont souvent conservé une organisation du génome voisine (Tanksley
et al. 1992, Livingstone et al. 1999, Chen et al. 2001, Doganlar et al. 2002a) ;
de plus des études plus récentes ont démontré par tri sur des EST que des
génomes qui avaient divergé depuis longtemps (A. thaliana, L. esculentum et
M. trunculata) présentaient encore
des similitudes importantes en particulier sur le nombre de copies de certains
gènes ou sur leur homologie de séquence (Fulton
et al. 2002b). Or pour certains gènes, l'homologie de séquence impliquerait
l'homologie de fonction (Chen et al. 2001).
1.3.4.4 Tri
des GC
Une fois les GC choisis, l'association doit être
confirmée pour choisir les GC les plus crédibles.
Co-ségrégation d'un GC fonctionnel avec un
caractère mendélien
Pour les locus contrôlant des traits qualitatifs, une
co-ségrégation absolue (sans recombinants pour une population d'effectif
important) est nécessaire pour valider le gène candidat. Cette stratégie a, par
exemple, été utilisée pour caractériser le locus y dont l'allèle dominant y+ est responsable de la couleur rouge du poivron (Capsicum
annuum) ; une liaison complète
entre la couleur jaune et une mutation à l’intérieur du gène codant pour la
capsanthine capsorubine synthase a été mise en évidence dans une population de
145 individus F2 (Lefebvre et al. 1998). L'hypothèse gène candidat a pu être renforcée par l'étude
complémentaire de la liaison dans 31 lignées non apparentées.
Co-ségrégation d'un GC fonctionnel avec un QTL
Contrairement aux locus mendéliens, la position des
QTL est le plus souvent imprécise, les intervalles de confiance qui leur sont
associés pouvant recouvrir plusieurs mégabases. La mise en œuvre d'une
cartographie fine permettra de préciser la position du QTL. Puis la
co-ségrégation du GC avec le QTL devra être confirmée soit par analyse
statistique d'association entre un polymorphisme du gène et la variation du
caractère dans des lignées non apparentées, soit par une expérience de
validation (transformation génétique ou étude physiologique).
Cependant la co-ségrégation et / ou l'association
statistique ne sont pas des arguments suffisants pour conclure définitivement
que le GC est responsable de la variation phénotypique pour le caractère
étudié. D'autres analyses de validation sont nécessaires.
1.3.4.5 Validation
des GC et applications de la stratégie gène candidat en amélioration des
plantes
Les expériences de validation sont plus ou moins
complexes suivant la nature du caractère (mono ou polygénique). Les études
physiologiques fournissent des arguments confortant ou réfutant les hypothèses (Schaffer
et al. 2000).
Cependant elles ne sont pas absolument irréfutables.
Des exemples de l'utilisation de la transgénèse pour étayer l'hypothèse gène candidat
existent (Klann et al. 1996, d'Aoust et al.
1999). Cependant dans le cas de caractères complexes, l'effet partiel du QTL
ou du gène ne sera vraiment mis en évidence que s'il possède un effet fort. La
meilleure validation serait la transformation génétique par recombinaison
homologue mais elle n'est pas encore disponible en routine chez les végétaux (Hanin
et Paszkowski 2003).
Jusqu'à présent très peu de GC concernant les
végétaux ont été validés par transformation car la plupart des caractères
d'importance sont sous contrôle polygénique.
Des GC validés seront d'excellents marqueurs pour des
QTL car il n'y aura pas de recombinaison entre le marqueur et le QTL. Un GC
validé pourrait donc servir en sélection assistée par marqueurs ou pour
l'identification de variétés.
L'utilisation de la démarche gène candidat a permis
de confirmer la synténie à l'intérieur de la famille des Solanacées pour
certains gènes impliqués dans la coloration des tissus par comparaison des
gènes candidats validés pour les espèces de cette famille (Thorup
et al. 2000).
1.3.5 Influence
des facteurs génétiques dans la variation de la qualité de la tomate
La variation des différentes composantes de la
qualité organoleptique (physiques, chimiques et sensorielles) est très
influencée par les facteurs génétiques. De nombreuses études y ont été dédiées
(pour revue, Stevens 1986).
Une étude menée en serre hors sol de printemps et en
pleine terre en été s'appuyant sur un plan de croisements entre lignées
d'origines et de qualité très diverses a permis de mettre en évidence une forte
variabilité génétique pour l'ensemble des critères de qualité et la possibilité
de prédire la valeur des combinaisons hybrides pour certains caractères
(fermeté, composition en sucres et en acides) en connaissant la valeur des
lignées parentales. Dans une autre étude menée en parallèle et incluant quatre
génotypes différents, il a été démontré que dans tous les tests hédoniques
auprès des consommateurs, l'effet variétal (préférence de la variété aromatique
quel que soit le traitement appliqué), prend l'ascendant sur les modalités de
traitement post-récolte mises en œuvre (Causse
et al. 2001a).
1.3.5.1
Poids et
apparence du fruit
L'hérédité du poids du fruit chez la tomate a pu être
attribuée, suivant les études, à un nombre très variable de gènes pouvant aller
jusqu'à vingt. Cette variation peut être expliquée par des effets d'épistasie et/ou
de pléïotropie qui peuvent apparaître en fonction des contextes génétiques et
des conditions environnementales. L'héritabilité est souvent faible (environ
0.30) et l'action des gènes plutôt de type dominant (Ibarbia
et Lambeth 1969b). Il a été très souvent observé que la moyenne du poids du fruit dans
une descendance est toujours plus proche de celle du parent à faible poids (Grandillo
et al. 1996). La liaison négative entre poids du fruit et teneur en sucre souvent
mise en évidence et supposée due à un effet de dilution (Chen
et al. 1999) peut, d'après certains auteurs, être assez facilement rompue (Ibarbia
et Lambeth 1971, Rick 1974).
La couleur du fruit est dépendante de l'espèce et, à
l'intérieur de L. esculentum, du
cultivar. Ainsi certaines variétés présentent une coloration du fruit plus ou
moins orangée. Une synthèse récente dans laquelle 38 paramètres représentatifs
de la qualité organoleptique étaient étudiés rapporte l'héritabilité relativement
faible pour les teneurs en carotène et lycopène (Causse
et al. 2002).
1.3.5.2 Métabolites
primaires
Nous distinguerons les solides solubles, dont les
sucres, d'une part et les acides, d'autres part.
-
Solides solubles et
sucres
L'héritabilité de la teneur en solides solubles (SS)
dans la matière fraîche est variable en fonction de la population étudiée. Une
récente étude de synthèse (Fulton et al. 2002a) à partir de l'étude de quatre populations de niveau BC2, BC3 ou BC4
avec quatre espèces sauvages différentes a mis en évidence 65 QTL pour les
teneurs en sucre parmi lesquels seulement sept seraient communs à au moins deux
populations. L'allèle sauvage entraîne une augmentation de la teneur en sucre
dans 85% des cas.
Dans un test diallèle avec 4 parents à gros fruits et
4 parents à petits fruits, l'héritabilité de la teneur en SS a été estimée à
0,54. Tous les croisements entre parents à petits fruits et certains entre
parents à petits fruits et parents à gros fruits ont montré de l'hétérosis pour
la teneur en SS attribuée au phénomène d'épistasie. L'existence de gènes
dominants pour ce caractère a été confirmée (Stoner
et Thompson 1966). Lower et Thompson (1967) ont aussi trouvé une relation d'hétérosis pour les SS dans un hybride
de première génération. Ils ont estimé l'héritabilité pour la teneur en SS
proche de 0,70. Ibarbia et Lambeth (1969a) ont par ailleurs proposé l'existence de trois paires de gène contrôlant
la teneur en SS dans un croisement entre des parents à 4,6 et 6,7% de SS, ils
ont estimé l'héritabilité à 0,59. Rick (1974) a pu établir grâce à la
démonstration de la distribution continue de la teneur en SS et sa liaison avec
plusieurs autres caractères génétiquement indépendants (teneur en
delta-carotène, coloration du collet avant maturité) que l'hérédité du caractère est polygénique et
complexe.
Une relation entre le type de croissance et le
contenu en SS a également été mise en évidence. Un mode de croissance
indéterminé induit une teneur en SS plus élevée et une taille de fruits plus
importante grâce à une augmentation de la capacité photosynthétique de la
plante (Emery et Munger 1970, Fridman et al. 2001).
-
Teneur en acides
La teneur en acides des fruits de tomate est
également très variable suivant le fonds génétique (Stevens
1972, Baldwin et al. 1991), le ratio malate/citrate étant une caractéristique variétale. Le
contrôle du caractère a été donné monogénique dans un premier temps (Walkof et
Hide, 1963, cité par Saliba-Colombani, 2000), mais Lower et Thompson (1967) ont
montré plus tard un contrôle polygénique du caractère avec une héritabilité
forte (0,64). On a également plus récemment mis en évidence six QTL pour
l'acidité titrable (Saliba-Colombani et al. 2001). Les acides citrique, fumarique et malique sont vraisemblablement
hérités de manière indépendante (Sanchez
Mata et al. 2000). L’étude de quatre populations d’origine interspécifique a mis en
évidence 102 QTL pour les caractères liés à l'acidité (teneurs en acides
citrique, glutamique et malique, acides totaux et pH). Un des QTL pour le pH
situé sur le chromosome 10 a été identifié sur trois des quatre populations (Fulton
et al. 2002a).
La teneur en acide citrique est corrélée à l'acidité
titrable alors que celle en acidité malique ne l'est pas. Baldwin et al (1991) ont montré que la variation de la perception
acide était due essentiellement à l'acide citrique.
Les différences de pH entre cultivars ne sont pas
très importantes, cependant on a noté une forte variabilité entre individus de
même génotype et une répartition de l'acidité hétérogène dans le fruit. La
distribution de l'acide citrique entre gel et péricarpe est spécifique au
cultivar ce qui peut faire penser que la distribution relative des acides entre
les différentes régions du fruit serait contrôlée par différents gènes (Stevens
et al. 1977a). Cette différence de répartition à l'intérieur du fruit n'est sûrement
pas sans conséquence car le gel étant plus fluide que le péricarpe, il est plus
accessible aux récepteurs du goût du consommateur.
Les coefficients de corrélation obtenus par Lower
et Thompson (1967), ont permis d'envisager une obtention facile de recombinants avec une
bonne acidité et une teneur en SS élevée. Par contre, une étude menée par
Ibarbia et Lambeth (1971) a mis en évidence la difficulté à obtenir des
génotypes recombinants riches en SS et possédant un faible pH. Une étude plus
récente met en évidence la localisation différente des QTL pour la sucrosité et
l'acidité au niveau sensoriel et donc la possibilité d'améliorer les deux
caractères séparément (Causse et al. 2001b).
1.3.5.3 Composés
aromatiques
Leur profil qualitatif est presque toujours identique
mais varie quantitativement entre variétés (Langlois
et al. 1996). Une étude réalisée sur les descendances (F1, F2, BC1 et BC2) entre
deux cultivars américains a permis de mettre en évidence la bonne héritabilité
de la concentration pour les trois composés suivants : le 2-isobuthylthiazole,
le méthyl salicylate et l'eugénol (Stevens
1970). Par contre la synthèse récente de Causse et al, (2002) a démontré que l'héritabilité des composés
volatiles était dans l'ensemble plus faible que celle de la majorité des autres
composantes de la qualité. Une étude voisine (Saliba-Colombani et al. 2001) a permis de cartographier des QTL, dont certains à effet fort, pour
douze de ces composés principalement sur les chromosomes 4 (huit QTL), 8
(quatre QTL) et 9 (cinq QTL).
1.3.5.4 Caractères
sensoriels
Différentes études ont souligné une différence
variétale pour les caractères sensoriels qu'il s'agisse de tests de préférence
ou de l'analyse sensorielle (Stevens
et al. 1977b, Bucheli et al. 1999). Cependant aucune donnée sur l'héritabilité ou le nombre de gènes
impliqués n'a été fournie. Dans l'étude de Stevens mettant en jeu six cultivars
américains très différents pour leurs fonds génétique et leur flaveur, on a pu
distinguer des différences au niveau chimique et au niveau sensoriel. Pour
certains descripteurs (saveur sucrée, saveur acide et intensité globale de
flaveur), une différence significative entre cultivars a pu être mise en
évidence. Le travail de Bucheli a révélé la forte corrélation entre le ratio
sucres/acide glutamique d'une part et la flaveur d'autre part, liaison confirmée
par un travail plus récent (Fulton
et al. 2002a). Il est important de noter ici que ces travaux ont été réalisés sur du
matériel destiné à l'industrie de transformation.
Une étude déjà citée (Causse
et al. 2001b) met en exergue la bonne corrélation entre l’intensité aromatique
globale, la sucrosité, l'acidité et les arômes bonbon et citron.
Une autre étude a permis de mettre en relation la
composition chimique des fruits, les résultats d'analyse sensorielle et les
préférences des consommateurs et ce pour des cultivars de type cerise et de
type normaux. Les différents résultats ont montré l’intérêt des consommateurs
pour les tomates cerise (Hobson et Bedford 1989), ce qui été confirmé par Causse
et al. (2001a).
1.3.6 QTL
et gènes impliqués dans la variation de la qualité du fruit
Quelques exemples de QTL et gènes impliqués dans la
qualité du fruit sont donnés à la suite.
1.3.6.1 Gènes
intervenant dans le développement précoce du fruit
Plusieurs banques d'ADNc provenant d'ARNm (ARN
messagers) extraits de fruits en cours de développement ont été construites.
Grâce au clonage de gènes exprimés pendant le développement précoce du fruit,
on a pu isoler des clones exprimés à des stades différents [10 jours ou 20
jours après l'anthèse, Tieman et Handa (1996)]. Cette étude a mis en évidence que la majorité des ARNm correspondant
à ces clones ne sont pas spécifiques des fruits mais s'exprime également dans
les tissus foliaires ce qui permettait aux auteurs d'affecter aux protéines
correspondantes des fonctions dans des processus essentiels aux tissus en
développement.
Rad 23, Tft3
Une étude plus récente (Lemaire-Chamley
et al. 2000) a permis d'isoler des gènes spécifiquement exprimés à des stades
précoces du développement du fruit, grâce à la méthode de "differential
display" d'ARNm ("DDRT-PCR
technique"). En particulier l'ADNc codant pour RAD23 (86% d'homologie avec
la protéine RAD23 isolée à partir de Daucus carota, cette protéine intervenant vraisemblablement dans
les processus de réparation de l'ADN) qui a été cartographié sur le chromosome
2 et Tft3 14-3-3 (protéine intervenant dans la régulation de divers processus
physiologiques, Finnie et al. 1999) sur le chromosome 4. L'étude de l'expression temporelle au cours du
développement du fruit réalisée pour ces deux clones a montré des expressions
fortes pour les stades 3, 6 et 10 jours après l'anthèse.
Fps
Une étude employant des techniques en partie
similaires (Gaffe et al. 2000) a permis de cloner un gène codant pour la farnesyl pyrophosphatase
synthase, intermédiaire important dans la biosynthèse des stérols et des
caroténoïdes (Anderson et Beardall 1991). La famille des isoprénoïdes à laquelle appartient le farnesyl
pyrophosphate intervient dans la stabilité membranaire, la prolifération
cellulaire, et la coloration des tissus par l'intermédiaire des caroténoïdes (Bramley
2002). Il a été suggéré qu'un arrêt du développement du fruit pourrait être
dû à une inhibition de la biosynthèse du stérol (Gillaspy
et al. 1993). Les résultats de l'étude de Gaffe et al. mettent en évidence les fonctions importantes du gène
FPS dans le développement précoce du fruit. Les niveaux d'expression les plus
élevés ont été trouvés pour les jeunes fruits. Deux locus de la FPS ont été
cartographiés sur les chromosomes 10 et 12.
Cyclines