MINISTERE DE LA
JEUNESSE, DE L’EDUCATION NATIONALE
ET DE LA RECHERCHE
ECOLE PRATIQUE DES
HAUTES ETUDES
Science de la vie et
de la Terre
MEMOIRE
présenté
par
Philippe BRUNNER
pour l’obtention du diplôme de l’Ecole
Pratique des Hautes Etudes
APPROCHE PALEOPATHOLOGIQUE DE LA SPHERE O.R.L.
Application à une série anthropologique
de l’Antiquité tardive
(Le Clos des Cordeliers à Sens, IVème-VIème
ap JC)
Soutenu le 11 juin 2005 devant
le jury suivant :
-M. Jean-Pierre PEYPOUQUET: DE EPHE Bordeaux 1 - Président
-M. Henri DUDAY: DE EPHE et DR1 CNRS Bordeaux 1- Directeur du mémoire
-M. Olivier DUTOUR: PU
Université de la Méditerranée Marseille
-Mme Dominique CASTEX: CR1 CNRS Bordeaux 1
-Mme Isabelle CARTRON: MC Bordeaux 3
Laboratoire de :
Paléoanthropologie Directeur : Henri
DUDAY
h.duday@anthropologie.u-bordeaux1.fr
EPHE (Sciences de la Vie et de
la Terre)
Université de Bordeaux I
– UMR 5809
Avenue des Facultés 33405 TALENCE
ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES
SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
APPROCHE PALEOPATHOLOGIQUE
DE LA SPHERE
O.R.L.
Application à une
série anthropologique
De l’Antiquité
tardive
(Le Clos des
Cordeliers à Sens, IVème-VIème ap JC)
Philippe BRUNNER
11 juin 2005
RÉSUMÉ :
La pathologie
O.R.L. n’a pratiquement jamais été abordée de façon globale et systématique
dans la recherche sur des séries de squelettes anciens provenant de fouilles
archéologiques.
Certaines de ses affections ont donné lieu à publications, alors que pour d’autres tout reste à faire.
Nous avons
développé un protocole d’examen simple, et facile à mettre en œuvre quelle que
soit la série anthropologique étudiée, et qui permette de passer au crible
toutes les pathologies pouvant laisser des traces au niveau de l’os,
pathologies que nous avons décrites et répertoriées dans les rappels cliniques.
Une série de
tableaux sur lequels sont colligés
tous les résultats, permet in fine de
visualiser un état de santé global de la population étudiée. Ils pourront être
utilisés dans l’avenir pour une analyse statistique.
Notre série d’étude, particulièrement homogène, puisqu’il s’agit d’une sépulture de catastrophe liée à une crise de mortalité due à la plus ancienne épidémie de peste authentifiée par les analyses paléobactériologiques, se situe entre les IVème et VIème siècles (datation radiocarbone ; Ly-8001), elle comprend 36 blocs crânio-faciaux.
Nous avons découvert un important panel de pathologies, de malformations, et de variations anatomiques, au sein duquel prédominent les problèmes maxillo-dentaires.
Nous
décrivons ensuite des infections otologiques, et plusieurs cas d’hyperostose
poreuse venant confirmer un état sanitaire d’ensemble plutôt médiocre. Nous
rapportons ensuite de nombreuses anomalies restant à interpréter, et qui vont
constituer l’ébauche d’une base de données.
Un cas très
intéressant de malformation mandibulaire à type d’agénésie condylienne
unilatérale est décrit. Il
s’inscrit dans le cadre actuel des microsomies hémifaciales ; deux cas
seulement sont publiés dans la littérature paléopathologique.
MOTS-CLES :
Paléopathologie, O.R.L., oto-rhino-laryngologie, agénésie condylienne mandibulaire, microsomie hémifaciale, Sens (Yonne, France), mastoïdite, sinusite, otite, abcès dentaire, fistule bucco-sinusienne, déviation septale, osselets, Concha bullosa, Cribra orbitalia, Meatus acusticus internus.
TABLE DES MATIÈRES
Table
des tableaux p
8
Table
des figures (dessins, photos et radiographies) p 9
INTRODUCTION p
11
CHAPITRE
I = Rappels anatomiques et pathologiques p
15
I
Rappels anatomiques, embryologiques, et organogénétiques. p16
A Organogénèse du splanchnocrâne p
16
1 Organogénèse de la pneumatisation crânio-faciale humaine p 16
(Intérêt d’une chronologie).
2
Organogénèse de l’appareil manducateur. p
17
3
Organogénèse de l’os temporal. p
17
B Rappels anatomiques p
18
1 Fosses
nasales et sinus. p
18
2 L’os
temporal. p
19
II
Panorama de la pathologie p
20
A Les maladies osseuses constitutionnelles p
20
1 Maladies
osseuses constitutionnelles sans pathogènie connue p
20
a Ostéochondrodysplasies
b Dysostoses avec atteinte du
crâne et de la face
2 Maladies
osseuses constitutionnelles d’étiopathogénie connue p
22
a Aberrations chromosomiques
b Anomalies secondaires
B Pathologie des fosses nasales et des sinus p
23
1 Pathologie
des fosses nasales p
23
a Altérations structurales
b Pathologie spéciale
2 Pathologie
des sinus p
26
a Pathologies infectieuses :
les sinusites
b Mucocèles
c Pneumosinus dilatans
d Pathologies tumorales
C Pathologie de l’oreille p
28
1 Pathologies
de l’oreille externe p
28
2 Pathologies
de l’oreille moyenne p
28
a Otites aiguës
b Otites chroniques
c Pathologie ossiculaire
d Tumeurs de l’oreille
3 Pathologie de
l’oreille interne p
30
D Pathologie traumatique p
31
III Bases du diagnostic en paléopathologie. p
32
A Bases anatomo-pathologiques du diagnostic
des infections squelettiques p
32
1
Anatomo-pathologie des infections squelettiques p
32
a Infections à pyogènes
b Infections d’emblée chroniques
2
Paléopathologie des infections squelettiques p
33
B Bases anatomo-pathologiques du diagnostic des
tumeurs p
33
CHAPITRE
II = Matériel et méthodes p
35
I Matériel p
36
A Matériel biologique : la série (DEA) p
36
1 Situation de
la série étudiée p
36
2 Description
de la population inhumée p
37
a Estimation du sexe
b Estimation de l’age
c Résultats
d Interprétation
B Matériel physique p
39
II Méthodes p
40
A Etude paléopathologique de chaque spécimen p
40
B Analyse globale de la population étudiée p
41
1 Appréciation
de l’état de conservation de la série p
41
a Conservation des pièces
osseuses I
b Conservation des pièces
osseuses II
c Conservation des osselets
d Inventaire dentaire
2 Appréciation
de l’état sanitaire de la population concernée p
42
a Etat dentaire
b Mensuration des conduits
auditifs internes
c Pathologies constatées
CHAPITRE III
= Résultats p
44
Préambule. p
45
I
Les données individuelles p
46
A groupe I p
46
B groupe II p
51
C groupe III p
52
D groupe IV p
54
II
Les données globalisées p
56
A Les tableaux de conservation p
56
1 Conservation
des pièces osseuses I p
56
2 Conservation des pièces osseuses II p
56
3 Conservation des osselets p
56
4 Inventaire dentaire p
56
B Les tableaux de constatations p
57
1 Etat dentaire p
57
2 Mensurations des conduits auditifs internes p
57
3 Pathologies constatées p
57
CHAPITRE IV = Discussion p
59
I De l’aspect méthodologique p
60
A Sur le choix de la série p
60
B Sur la méthode de travail p
60
C Sur le recueil des résultats p
61
D Sur l’analyse des résultats p
61
II
De l’aspect paléopathologique p
64
A A partir de chaque anomalie rencontrée p
64
1 Pathologie
par pathologie p
64
a Pathologie de l’oreille
-pathologie infectieuse
-pathologie de l’oreille interne
-pathologie de l’oreille externe
-autres pathologies de la
littérature
b Pathologie des fosses nasales
et des sinus
-pathologie malformative et
traumatique
-pathologie tumorale
-pathologie infectieuse
*infections non spécifiques
*infections spécifiques
*parasitoses
c Pathologie d’origine dentaire
d Pathologie mandibulaire
2 Les
diagnostics différentiels, variations, et originalités p
74
a Le problème des osselets
b Les variations anatomiques
-Concha bullosa
-Variations de taille des sinus
-Rapports du sinus latéral
-Déhiscence du canal de tensor
tympani
-Problème du kyste congénital
médian alvéolaire
-Déhiscence des tympanaux
c Les surprises
B
Approche d’un état sanitaire global p
77
CONCLUSION p
79
BIBLIOGRAPHIE p
84
ANNEXES p
91
RÉSUMÉ
ET MOTS CLÉS p
131
INTRODUCTION
Si en paléopathologie de très
nombreux travaux, et une multitude de publications ont été consacrés à tout ce
qui touche à la pathologie ostéo-articulaire, et à la traumatologie, il semble
que la pathologie ORL ait peu intéressé les chercheurs, surtout dans son
approche globale.
Notre spécialité,
l’oto-rhino-laryngologie, nez-gorge-oreille disait-on autrefois, doit être
démantelée au préalable, car pour ces patients particuliers que sont ces
hommes, ces femmes, ou ces enfants d’anciennes époques, voire ces Hommes
Fossiles, nous n’examinerons, sauf cas très particulier, que des crânes
secs, ou souvent plutôt des fragments de crânes secs ! Sur ce type de
pièce anatomique, l’otologiste et le rhinologiste pourront intervenir. Par
contre le laryngologiste restera au chômage, tout son domaine se trouvant dans
des tissus mous dont nous n’aurons pas conservé la trace, exception faite de
quelques cartilages calcifiés, et du cas particulier des momies. Le larynx de
l’Homme préhistorique reste un grand inconnu, bien que de nombreux chercheurs
et linguistes se posent de passionnantes questions sur l’origine du langage et
sur le moment possible de son apparition.
L’homme de Neandertal ne fumait
pas ; il s’enfumait certainement un peu dans ses abris sous roche, mais
une laryngoscopie ne s’imposait pas. Nous verrons, plus sérieusement, que ce
facteur fumée des foyers domestiques, à des époques où la cheminée n’existait
pas, surtout dans les habitats des basses classes sociales, est à même
d’induire des pathologies inflammatoires chronique de la muqueuse de la sphère
ORL, au même titre que la pollution industrielle déjà très présente en zone
urbaine au moyen age !
La paléopathologie
ORL peut être abordée dans deux optiques :
-D’abord sous la forme d’une étude ciblée sur tel problème, telle maladie, avec des vues descriptives ou épidémiologiques, et cela pour des pathologies courantes, comme l’otite chronique par exemple, ou plus rares comme la lèpre, la syphilis.
-Ensuite, avec
une approche anthropologique et historique, en étudiant là, des séquelles de
pathologies moins spectaculaires, otites, sinusites, anémies, problèmes
dentaires, mais qui nous permettront plus sûrement d’apprécier un état
sanitaire global pour une population donnée.
Notre travail s’est d’abord
attaché à faire un point aussi exhaustif que possible des connaissances
actuelles associant oto-rhino-laryngologie et paléopathologie. Nous verrons que
certaines pathologies ont donné lieu à de multiples publications :
l’exemple type, qui nous a frappé dès nos premières recherches sur Internet,
est celui des exostoses du conduit auditif externe, alors que d’autres ne sont
pratiquement jamais abordées, comme le neurinome de l’acoustique !
Cette sélection peut s’expliquer
à notre avis, par la facilité de l’observation visuelle de certaines pièces,
qui de plus se conservent bien et en grand nombre, comme dans notre premier
exemple. A l’inverse sur ce même os temporal, dans le cas du second exemple,
pour le même matériel d’étude, l’examen du conduit auditif interne s’avère
impossible sur des crânes entiers en dehors de techniques tomodensitométriques
onéreuses !
Voici donc déjà deux facteurs déterminants les possibilités d’études et de publications :
-En premier lieu une bonne conservation de l’os qui sera étudié, ce qui permettra de présenter une série significative ; ceci nous a amené à prévoir dans notre protocole, un tableau de conservation des constituants ostéologiques les uns par rapport aux autres (Tableaux I et II). Il est évident qu’un os temporal se conserve mieux qu’un ethmoïde ! Nous verrons grâce à ces tableaux, la gradation de conservation qui est elle moins évidente, des différents sinus de la face.
-Puis la facilité de l’observation : facilité technique pour un conduit auditif externe qui s’examine à l’œil nu, opposée à la difficulté d’origine économique, liée à l’utilisation d’un matériel radiologique sophistiqué, pour mesurer des conduits auditifs internes.
L’espoir de découverte d’une
pathologie rare, comme une malformation mandibulaire, pour laquelle nous
n’avons recensé que deux publications paléopathologiques, constitue un facteur
supplémentaire d’intérêt pour l’étude d’une série donnée.
L’objectif premier de cette étude
était de mettre au point une
méthodologie de travail pour une étude synthétique de pathologie ORL sur une
série anthropologique. Nous avons donc réfléchi à partir de nos connaissances
cliniques, confrontées à la revue de la littérature que nous avons rassemblée,
pour développer une grille de recherche.
L’objet de
l’étude est un crâne, ou fragment de crâne.
Ce crâne doit appartenir à une
série archéologique ou paléontologique ; c’est à dire qu’il doit faire
partie d’un groupe homogène, soit d’individus collectés lors d’une fouille en
un lieu précis, dans une stratigraphie déterminée, soit sur plusieurs sites
correspondant à des habitats d’une même période.
Enfin cette série doit être quantitativement suffisante pour pouvoir espérer y trouver quelque chose et éventuellement réaliser une analyse statistique.
Quelles sont les pathologies ORL susceptibles d’être observées sur ces crânes ?
Il s’agit en effet uniquement de séquelles, de traces : il nous a fallu réfléchir
organe par organe aux maladies possibles, à leurs complications connues
actuellement et à leur expression au niveau de l’os.
Globalement deux grands cadres se
présentent à nous avec les pathologies infectieuses et tumorales ; plus
accessoirement il doit être possible de retrouver des maladies de système.
Notre sujet est limité à la pathologie, mais nous avons profité de l’étude pour noter tout ce qui peut se rapporter à de la traumatologie, ou à des maladies de voisinage (neurologie, ophtalmologie ou stomatologie par exemple).
Sur le plan pratique l’examen est
essentiellement macroscopique et visuel, simplement amélioré par notre matériel
de consultation (otoscope, fibroscope).
A l’angoisse du début concernant
la recherche d’une série, venait s’ajouter celle de n’y trouver aucune
pathologie ! Un développement méthodologique pur et dur n’aurait pas été
passionnant ; heureusement nos observations ont été nombreuses et
intéressantes.
La construction méthodologique,
bien sur toujours améliorable, servira de base à des études futures, qui
pourront alors être validées par des analyses statistiques, et surtout être le
point de départ pour des approches d’états sanitaires des populations.
Sur le plan purement médical et
descriptif, de nombreuses pathologies ont été détectées : elles vont entre
autres, des problèmes dentaires très nombreux et souvent gravement compliqués,
à une rare malformation congénitale de la mandibule, en passant par des
déviations du septum nasal, et des
mastoïdites fistulisées.
Chaque cas a été discuté au
regard de nos connaissances cliniques et de la littérature que nous avions
trouvée le concernant.
Nous avons ensuite plus
globalement pour chaque chapitre de la pathologie, réalisé une synthèse de
notre collecte bibliographique, pour y situer nos observations.
Une lecture globale des
différents résultats permet enfin d’un peu mieux appréhender le quotidien de
cette population urbaine de l’Antiquité Tardive du Clos des Cordeliers à Sens,
population marquée par les vicissitudes des maladies ordinaires qui nous
frappent tous, et qui de plus a été décimée soudainement par une épidémie entre
les IVème et VIème siècles, réunissant enfants, adultes,
et vieillards dans les fosses communes d’une sépulture de catastrophe.
CHAPITRE IV
DISCUSSION
I De l’aspect méthodologique
A Sur
le choix de la série
B Sur
la méthode de travail
C Sur
le recueil des résultats
D Sur
l’analyse des résultats
C’est la finalité de l’étude.
1 Le
travail d’analyse et d’interprétation s’exerce d’abord sur chaque
spécimen ; il s’agit d’une démarche médicale, de la confrontation du
médecin avec son patient, avec ses évidences, et avec ses limites.
L’expérience
est un facteur de qualité pour le diagnostic, et de nouvelles séries, de
nouvelles études pourront nous permettre de progresser dans cette démarche.
2
L’analyse porte ensuite sur l’état sanitaire de la population prise dans
son ensemble.
Nous avons déjà parlé des critères de choix initiaux de la série étudiée, et nous voulons évoquer ici les facteurs susceptibles de fausser l’analyse globale et l’interprétation des résultats :
a Conservation des différentes pièces osseuses
Nous travaillons à partir de dépôts de fouilles, où les sujets ont été rangés dans des sacs étiquetés, avec les petits éléments, comme les dents par exemple, rassemblés dans des boites ; les sujets sont ensuite regroupés dans des cartons.
Il faut avoir
en tête que la présence ou l’absence de tel ou tel élément, peut être liée à
une destruction in situ, avant la
fouille, ou à une destruction volontaire et intentionnelle comme nous l’avons
déjà signalé, pour les quatre mandibules d’immatures utilisées pour une
recherche d’ADN bactérien dont nous verrons l’intérêt dans les
conclusions ; mais il peut aussi s’agir d’une perte lors de manipulations.
En effet
chaque spécimen peut être utilisé successivement pour plusieurs études, et il
sera donc sorti de son sac puis rangé
chaque fois, avec un risque à chaque manipulation.
Nous pensons en particulier à la conservation des osselets de l’oreille, que nous avons souvent trouvés en tamisant la poussière du fond d’un sac, ou que parfois nous avons vu tomber de la caisse du tympan lorsque nous manipulions un crâne.
Tout examen et
toute manipulation de pièce ostéologique doit donc obligatoirement s’effectuer
sur et au dessus d’un plateau ou d’un bac de type photographique.
b Mélange possible d’ossements de deux individus
C’est un
facteur d’erreur spécifique aux sépultures collectives.
Il faudra donc
tout en faisant confiance à l’équipe de fouilles, s’assurer du bon appariement
des pièces osseuses entre elles.
Plus les pièces
seront petites, plus le risque sera grand (par exemple pour les dents, les
osselets, l’os hyoïde).
c Difficulté rencontrée dans la mesure des conduits auditifs internes
Nous avons vu que globalement l’os
pétreux se conservait bien, et que donc les conduits auditifs internes
pouvaient donner lieu à une analyse biométrique.
Cette analyse qui paraît simple sur le plan de la réalisation pratique, est limitée par le fait que le conduit auditif interne n’est pas accessible sur un crâne entier ! Les mesures ne peuvent être faites que sur les rochers isolés.
Pour une étude systématique, il faudrait radiographier tous les crânes entiers, pour pouvoir obtenir une dimension mesurée sur le négatif.
Nous pourrions
aussi imaginer un protocole utilisant une micro réglette introduite au contact
de porus, associée à une lecture à
l’aide de notre endoscope souple introduit par le foramen magnum.
Nous avons
mesuré uniquement la hauteur et la largeur des porus.
Il s’avère que
la seule valeur fiable est la hauteur, puisque la largeur est limitée par un
bord médial mousse difficile à
situer. Nous avons à posteriori, retrouvé la même technique de mesure sur une
autre étude (SPOOR et al., 1998)
Dans notre série pour 36 sujets, nous avions 63 conduits auditifs internes (63/72), et nous n’avons pu mesurer que 24 pièces (6 matures et 18 immatures). Notons que les crânes immatures sont plus souvent fragmentés et donc mesurables (Tableau VI).
Notre tableau
n’a de valeur que méthodologique compte tenu du faible échantillon, et de
l’encore plus faible nombre de mesures, mais ce travail mériterait d’être
développé, comme nous le disait le professeur D. CAMPILLO, car très peu
d’études portent sur la
paléopathologie du neurinome de l’acoustique, qui est de nos jours une des
préoccupations principales de l’otologiste (CAMPILLO et al., 1997). Cette tumeur bénigne est suspectée de façon
systématique devant toute symptomatologie unilatérale (surdité, vertige,
acouphènes) ; le diagnostic positif, orienté par les tests
neurophysiologiques, est affirmé par une mesure comparative des conduits
auditifs internes sur un scanner ou une IRM.
La
tomodensitométrie a été utilisée en paléopathologie (HOMØE et al., 1992) : elle permet une mesure précise des
conduits auditifs interne.
II De l’aspect paléopathologique
A A
partir de chaque anomalie rencontrée
1 Pathologie par pathologie
Nous nous reportons au tableau des pathologies constatées (Tableau VII), pour en dégager plusieurs groupes que nous discuterons au regard des publications que nous avons rassemblées :
-pathologie de
l’oreille, avec surtout les otites
et mastoïdites, puis les problèmes d’oreille interne, et les éventuelles
anomalies congénitales.
-pathologie du
nez et des sinus, pour laquelle nous avons constaté peu de chose (deux
déviations septales).
-pathologie
d’origine dentaire, fortement représentée.
-anomalies
congénitales des maxillaires.
a Pathologie de l’oreille
- La
pathologie infectieuse.
Nous avons
deux cas de mastoïdites : I/7 et I/11.
* Le diagnostic s’appuie sur la constatation d’une cavité mastoïdienne avec une ou plusieurs fistulisations au travers de la corticale externe, et surtout une condensation osseuse périphérique des orifices, l’infection chronique entraînant une éburnation de l’os.
* Le diagnostic différentiel doit s’attacher à ce caractère pour éliminer de simples érosions (voir III/35), ou des variations à type de grandes cellules ressemblant à un abcès (IV/46, photo). Le diagnostic de tumeurs posera en général moins de problèmes : tumeurs bénignes, à type de dysplasie fibreuse comme pour le spécimen n° 13 dans (LOVELAND et al, 1990), et le sujet n°5 dans (SCHULTZ, 1992). Enfin une pathologie générale, comme le scorbut, pourrait se caractériser par des hématomes sous périostés de la corticale mastoïdienne, cas des spécimens 17 et 18 dans (LOVELAND et al, op.cit.), provenant de Crow Creek site.
* La littérature est abondante sur ces problèmes otologiques, d’autant plus que nous savons que, sans remonter très loin dans le temps, avant l’ère des antibiotiques, la mastoïdite était fréquente, et que nos maîtres en ont opérées beaucoup. D’autre part le temporal se conservant bien (os pétreux = petrosus = pierreux), nous en avons de belles séries à examiner. GREGG propose même d’utiliser cet os résistant pour des comptages de populations ; son étude sur le massacre de Crow Creek, où ont été décimées des populations du Dakota au XIVéme siècle, porte sur 963 temporaux, tous radiographiés, parmi lesquels seulement 61% apparaissent normaux, les autres présentant des atteintes à des degrés divers de type infectieux ; deux cas seulement de cholestéatomes y sont évoqués (GREGG et al., 1981).
LOVELAND, dans
une métanalyse portant sur 18 sujets en décrit plusieurs cas, évoquant les
formes évolutives classiques que sont le cholestéatome pour le spécimen n°8, et
les complications endocrâniennes fatales : thrombophlébite du sinus
caverneux et méningite pour le spécimen n°9 (LOVELAND et al, op.cit.).
Curieusement DASTUGUE, dans « Paléopathologie du squelette humain » constate p.96 que « les cas de séquelles mastoïdiennes infectieuses publiées en paléopathologie sont d’une insigne rareté. » (DASTUGUE, 1992).
GRMEK rapporte quant à lui, que la mastoïdite est fréquente en Egypte pharaonique et en Amérique précolombienne ; il rapporte aussi le cas d’un enfant de Lerne mort à l’age de 3 ans d’une mastoïdite aigue compliquée d’une thrombose du sinus caverneux (GRMEK, op .cit.).
A l’inverse McKENZIE, in (GUERRIER, 1980) après l’examen de 10000 crânes ne trouva que six cas probants !
ANGEL, à
partir des squelettes exhumés lors des fouilles de l’Agora d’Athènes,
squelettes d’habitants de l’Attique, depuis le néolithique jusqu’à l’époque
médiévale, signale un seul cas de mastoïdite (sujet 72 A.K., 930-650 B.C.)
(ANGEL, 1945).
Une étude
scanographique de 56 os temporaux d’anciens Inuits (côte ouest du Groenland,
1800-1900 A.D.), met en évidence 6 cas pathologiques (HOMØE, op.cit.).
Si nous passons au Danemark à l’époque médiévale, une importante étude portant sur 659 individus (QVIST et al., 2001), étude cette fois clinique au microscope opératoire, qui s’intéresse à la fois à la mastoïde et aux osselets, rapporte une fréquence de 1 à 7% de pathologies infectieuses chroniques de l’oreille.
Sur des périodes similaires, SCHULTZ à partir de l’étude de populations Mérovingiennes, et Pré Colombiennes (examen direct et radiographies), constate 6 cas pathologiques pour 70 sujets et 109 temporaux, dans les premières, dont un cholestéatome calcifié, et seulement 2 cas pour 86 sujets et 129 temporaux dans les populations indiennes (SCHULTZ, 1979).
Il faut préciser que pour cette étude, la radiographie a été systématique dans la première série, et seulement complémentaire dans la seconde, en fonction du résultat de l’examen visuel.
Evoquons enfin le cas particulier des momies, ou éventuellement de sujets conservés dans la glace ou la tourbe, sur lesquels de très belles observations d’infections otitiques sont attestées en plus des lésions osseuses radiographiques, par des perforations de la membrane tympanique documentées histologiquement (LYNN et BENITEZ, 1974, HORNE et al., 1976, et BENITEZ, 1988).
Les difficultés du diagnostic sont évidentes si on évoque le cas du crâne de Broken Hill (homo rhodesiensis, entre -250 et -130000 ans), où de magnifiques lésions de la mastoïde et de l’écaille du temporal étaient considérées comme d’origine ORL à l’évidence depuis longtemps ; des travaux plus récents, grâce au scanner, infirment ces diagnostics pour proposer un traumatisme post-mortem, et un granulome à éosinophile (MONTGOMERY et al., 1994).
En conclusion, nous constatons que 3 types d’études sont utilisés :
-Etudes
cliniques, macroscopiques.
-Etudes
radiologiques, voire tomodensitométriques.
-Etudes mixtes, où la radiologie est utilisée après une présélection clinique des cas.
Nous avons
beaucoup plus de dépistages avec les secondes, qui représenteront donc un outil
de choix pour apprécier un état de santé global d’une population, car elles
vont prendre en compte tous les degrés d’atteinte ; la méthode
macroscopique n’enregistrant que les cas évidents de pathologies très
démonstratives, éventuellement documentée radiologiquement, est parfaite pour
l’iconographie, mais sans intérêt pour la statistique !
Quoi qu’il en soit nous constatons des distorsions énormes :
-39% de temporaux anormaux
à Crow Creek,
-6 cas pathologiques pour 10000 chez MC KENZIE,
-1 cas pour ANGEL à Athènes !
Faut-il affiner les méthodologies ?
De toutes façon ne seront comparables
que les études relevant de l’une ou l’autre des méthodes.
La variabilité
des résultats constatée dans la littérature paraît donc difficile à
interpréter, et à relier à des facteurs écologiques, géographiques, ou
sociologiques.
- La
pathologie de l’oreille interne.
Nous avons une
anomalie congénitale possible du conduit auditif interne : I/71.
Le diamètre
vertical de ce conduit de sujet immature est le plus grand de notre série, et
la disposition des fossettes qui en constituent le fond ne nous paraît pas
conforme à nos connaissances anatomiques ; la dilatation de la fossette
unguéale par contre se rencontre fréquemment chez les immatures.
Sur ce type
d’anomalies nous n’avons rien trouvé comme documentation, par contre la
paléopathologie de l’oreille interne semble être un sujet très peu exploré.
Nous avons
seulement deux articles :
CAMPILLO passe
en revue une centaine de crânes qu’il a étudiés en 30 ans, pour constater 4 cas
possibles de neurinomes (étude mixte, clinique puis scanner) (CAMPILLO et al., 1997).
SPOOR qui a étudié le crâne de Singa au Soudan, constate sur l’étude tomodensitométrique une absence des structures du labyrinthe osseux du temporal droit. L’ossification du labyrinthe peut être due soit à un processus infectieux, soit à une ischémie, et la cause possible de ce problème micro circulatoire peut être liée à la présence d’un neurinome qui comprime progressivement l’artère auditive interne. Cette éventualité semble confirmée par la constatation d’un conduit beaucoup plus large du côté droit.
De plus cet article collige une série d’études plus anciennes, regroupant 686 paires de temporaux, et donnant les écarts de taille des diamètres verticaux entre
côtés droits
et côtés gauches. Cette série pourrait constituer une bonne base de données de
départ pour une étude ultérieure (SPOOR et al., 1998).
- La
pathologie de l’oreille externe.
Nous avons une
déhiscence centrale symétrique des deux tympanaux : III/44.
Il s’agit
visiblement d’un problème congénital chez ce sujet immature ; nous n’avons
trouvé aucune documentation sur ce type d’anomalie. Une sténose congénitale du
conduit auditif externe, avec anomalies ossiculaires est le seul élément de
notre bibliographie (McGREW et GREGG, 1971 in LOVELAND et al., 1990) .
Par contre
nous n’avons trouvé dans notre série ni ostéomes, ni exostoses. Ces petites
tumeurs osseuses situées dans ou à l’entrée du conduit auditif externe osseux
semblent avoir été jusqu’à présent le sujet de prédilection des
paléopathologistes ORL ! Il est vrai que la constatation d’exostoses
permet une approche environnementale des sujets observés, qui ont classiquement
une activité aquatique en eau froide (pêche, récolte de coquillages etc.).
Les
publications sont très nombreuses, nous n’en retenons que quelques unes :
(GREGG et BASS, 1970, GREGG et al.,
1981, MANZI et al., 1991,
DASTUGUE et al., 1992, STANDEN et al.,
1997, HUTCHINSON et al., 1997,
PEREZ et al., 1997, GERSZTEN et
al., 1998, VELASCO-VAZQUEZ et al., 2000, ARNAY-DE-LA-ROSA et al., 2001.).
Notons que
GERSZTEN et PEREZ évoquent une origine infectieuse pour ces exostoses, secondaire
à l’exposition à l’eau.
- Les autres
pathologies de la littérature.
Nous
évoquerons ici seulement l’otospongiose, sujet qui intéresse toujours
l’oto-rhino-laryngologiste, puisqu’il s’agit de la seule surdité qui soit
curable chirurgicalement. Il s’agit d’une fixation progressive du stapes dans la fossa ovata.
Le diagnostic
de cette maladie nous pose le problème de la visualisation de ce très petit et
très fragile osselet, in situ !
Nous n’en avons trouvé que 2 pour nos 36 sujets.
Notons à ce
sujet la magnifique préparation histologique d’une fosse ovale normale chez une
momie égyptienne, (BENITEZ, 1988), à comparer au seul cas pathologique (à notre
connaissance), documenté macroscopiquement, histologiquement, et
radiologiquement à Campos Santos Cemetery (A.D. 1776) (BIRKBY et GREGG, 1975).
Pour ce qui
est des autres osselets, à notre avis ils se conservent bien ; il faut
simplement prendre le temps de les chercher et éviter de les perdre (CZIGANY,
1996, CZIGANY, 1998).
Leur examen ne nous a pas permis d’y constater de modifications d’ordre pathologique ; les érosions y sont par contre fréquentes : longue apophyse de l’incus, et manche du malleus.
QVIST et
GRØNTVED se sont basés en partie sur l’examen de ces os, pour poser des
diagnostics d’otites chroniques : leur série est importante, regroupant
659 individus, 921 temporaux, et 1309 osselets, parmi lesquels 245 stapes (QVIST et GRØNTVED, 2001)!
b Pathologie des fosses nasales et des sinus.
- La
pathologie malformative et traumatique.
Nous n’avons trouvé que 2 déviations septales : I/70 et I/72.
Aucune
pathologie sinusienne, ni otitique n’y était associée.
La cloison osseuse constituée de la lame perpendiculaire de l’ethmoïde et du vomer est une pièce fragile (13 fosses nasales sont seulement interprétables sur 72).
La déformation que nous constatons devait s’accompagner d’une déviation secondaire du cartilage septal, troisième constituant du septum ; en fonction de son importance, le sujet devait être plus ou moins gêné pour respirer, et certainement fragililisé vis-à-vis des infections de la sphère ORL.
GREGG constate
13 cas de déformations septales à Crow Creek, sans préciser leur fréquence
(GREGG, op.cit.)
La déviation a
pu aussi se manifester extérieurement sur le plan purement esthétique.
Ces
déformations ont été traduites sur le plan artistique par des céramistes
Péruviens durant la période Moche (200-700 A.D.) sur des pièces de vaisselle
anthropomorphes représentant des hypoplasies alaires unilatérales, ou des
aplasies bilatérales secondaires à des traumatismes de l’enfance ou de la vie
intra-utérine (PIRSIG, 1989).
Pour rester
sur la pyramide nasale, région exposée s’il en est, plusieurs cas de
traumatismes sont rapportés dans la littérature (MAFART, 1983, GREGG, op.cit., GARLOWSKA, 2001).
- La
pathologie tumorale.
Nous n’avons
diagnostiqué aucun cas.
Nous savons
que globalement elles sont plus rares pour le paléopathologiste que les
séquelles de traumatismes, d’arthrose, ou d’infections. Sur le plan ORL nous
avons trouvé dans la littérature surtout des descriptions de tumeurs bénignes.
SCHULTZ qui étudie des populations mérovingiennes d’Allemagne du sud
(endoscopie et radiologie), sur une série de 81 cas exploitables, décrit 3
tumeurs sinusiennes : une tumeur bénigne du sinus maxillaire chez un
enfant, une tumeur supposée maligne de l’ethmoïde ayant évoluée vers l’orbite
chez un homme de 35-40 ans, et une tumeur bénigne du sinus frontal chez une
femme de 30-40 ans. L’auteur évoque les mauvaises conditions environnementales
pour ces classes pauvres de la population, en particulier l’enfumage permanent
des habitations sans cheminée, qui génèrerait une inflammation chronique des
muqueuses, à l’origine d’infections puis de tumeurs (SCHULTZ, 1978, SCHULTZ,1992).
DASTUGUE,
quant à lui, décrit une tumeur maligne ossifiante du sinus maxillaire chez un
sujet du XIIème siècle à Caen, dont l’intérêt réside dans la
constatation de deux tentatives de traitement successives : d’abord
extraction des dents sinusiennes, puis trépanation de l’os zygomatique
(DASTUGUE, op.cit.).
Les ostéomes
semblent par contre assez fréquents : petit ostéome en regard d’une
première prémolaire dans le sinus maxillaire associé à une sévère
parodontopathie pour une momie sicilienne du XVIII ème siècle pour
50 sujets (CIRANNI et al., 1999), deux
ostéomes frontaux sur le toit de l’orbite sur une série de 33 individus
fossiles en Espagne datés entre 200 et 300000 ans (PEREZ et al., 1996).
L’hyperostose
frontale interne, épaississement mamelonné progressif de la table interne du
frontal, paraît être une pathologie des temps modernes, de prévalence féminine,
après 60 ans, liée à la stimulation oestrogénique (HERSHKOVITZ et al., 1999) ; un cas est cependant décrit chez une
femme Nubienne de 40 ans (300 A.D.)(ARMELAGOS et CHRISMAN, 1988).
Pour conclure
ce chapitre des tumeurs, nous pouvons remarquer que suivant les séries elles
vont être représentées de façon très variable : de grosses séries n’en
observent aucune (GREGG op.cit.), et
visiblement la constatation de tumeur malignes reste très rare.
Nous trouvons
enfin toute une série de publications portant sur l’étude ORL soit de
l’ « homme des glaces », soit de momies égyptiennes, selon des
procédures type bloc opératoire : explorations clinique, endoscopique avec
biopsies, recoupées par la tomodensitométrie. Ces études intéressantes
s’appliquent cependant à un nombre de spécimens réduit. Il faut noter que les
embaumeurs égyptiens utilisaient, pour vider le crâne de la matière cérébrale,
la voie d’abord nasale classique de l’hypophyse, qui remonte le long du septum, et passe au travers du corps du sphénoïde pour
aborder la selle turcique (GUNKEL et al., 1997, THUMFART et al.,
1997, YARDLEY et RUTKA, 1997, MOTAMED et al., 1998, GAAFAR et al., 1999).
- La
pathologie infectieuse.
* Infections
non spécifiques :
Des études sur des séries importantes d’époque médiévale, ont récemment permis une systématisation dans la description des lésions à rechercher :
Notons en
particulier celle de BOOCOCK, qui étudiant 133 sujets (XIIème au
XVIIème siècle), constate, en utilisant sa méthodologie, 54,9% de
modifications osseuses sinusiennes. Il ne trouve pas de prévalence selon l’age
ou le sexe, ou le fait que les sujets soient ou non lépreux ; il compare
ce résultat à celui d’un autre échantillon médiéval Anglais qui ne diagnostique
que 3,6% de lésions sinusiennes (WELLS, 1977, BOOCOCK et al., 1995). Ces écarts très importants sont rattachés
par les auteurs à des facteurs environnementaux.
Une autre étude comparative à partir de 663 ruraux et 1042 urbains dans l’Angleterre de la fin du moyen age, montre que la sinusite est beaucoup plus fréquente en ville (54% pour 39% à la campagne). Cette différence est expliquée par les facteurs de pollution atmosphérique liés à une importante activité industrielle (tannerie, fours à chaux, fonderie) présente depuis le
XVème
siècle (LEWIS et al., 1995).
Pour les
classiques les infections du sinus maxillaire sont fréquentes au néolithique
(PALES, 1930), et celle du sinus frontal à toutes les époques (DASTUGUE,
1992) ; ce dernier rapporte des exemples de trépanation de cette cavité.
Une infection purulente du maxillaire dans une sépulture royale de Mycènes (59 myc.) est décrite par ANGEL, dans (GRMEK, 1983).
Il semble que
même les Hommes Fossiles n’aient pas été à l’abri de ces pathologies :
ainsi pour le début du Pléistocène (1,15 M.A.), l’Homme de Lantian laisse voir
au dessus du torus supra orbitaire deux dépressions interprétées, soit comme
des blessures cicatrisées, soit comme des fistulisations d’abcès sinusiens
(CASPARI, 1997). Au Pléistocène moyen (300 à 200 K.A.), à Sima de los Huesos,
le crâne 5 montre une ostéite extensive du maxillaire (PEREZ, op.cit.).
* Infections
spécifiques :
Deux
infections suscitent l’intérêt et animent des débats passionnés chez les
paléopathologistes : la lèpre et la syphilis.
Pour la
première, la lèpre, dont nous ne retrouvons les premiers cas bien argumentés
que vers le VIème siècle (Europe, Afrique), les débats vont porter
sur la diffusion de cette maladie qui va constituer un fléau au Moyen Age. Il
faut saluer les travaux de MÖLLER-CHRISTENSEN, portant sur la systématisation
des descriptions des formes cliniques, avec comparaison de séries anciennes et
contemporaines. L’étude de cette maladie peut rapidement se déplacer vers une
approche globale de l’état sanitaire d’une population : la forme lépromateuse,
liée à une déficience immunitaire, se complique toujours d’infections
naso-sinusiennes progressivement mutilantes, une cribra orbitalia est souvent associée.
Une étude
comparative entre une série médiévale Danoise (107 crânes), et l’examen de 333
patients d’une léproserie actuelle, montre des lésions identiques, mais des
degrés d’atteintes différents : le syndrome de Bergen II apparaissant plus
fréquent au Moyen Age (MÖLLER-CHRISTENSEN, 1974). Nous pouvons penser que la
médecine moderne y est peut être pour quelque chose !
Une autre
étude, toujours pour le Moyen Age en Angleterre, retrouve ces syndromes
rhino-maxillaires, considérés comme pathognomoniques de la forme lépromateuse,
mais en comparant sujets lépreux et non lépreux, constate que la prévalence des
signes de sinusite maxillaire est la même dans les deux populations. Les
facteurs environnementaux, et socio-économiques sont avancés (BOOCOCK et al., 1995).
Pour la seconde de ces infections, la syphilis, les débats sont encore plus vifs sur la présence de treponema pallidum dans l’ancien Monde avant les voyages de Christophe COLOMB dont six des marins furent traités pour une nouvelle maladie à leur retour à Barcelone.
La syphilis tertiaire est attestée au Nouveau Monde par de nombreux cas bien étudiés ; ainsi sur une série de 700 crânes datant de 8000 ans (région sud Pérou, nord Chili), plusieurs cas de perturbations osseuses associant périostite, osteïte, et ostéomyélite du crâne et des os long, en particulier des tibias, évoquent fortement cette maladie. Certains de ces sujets ont été traités par des trépanations (GERSZTEN et al, 1998). Notons que ces auteurs affirment qu’aucune lésion de type syphilitique n’a été détectée sur des squelettes Européens, Egyptiens et Asiatiques datant d’avant la découverte de l’Amérique.
Pour remonter
vers l’Amérique du Nord, à Crow Creek(1350 A.D.), quelques réactions périostées
sont notées sur des os longs, mais aucune sur des crânes (GREGG, op.cit.)
En Europe lorsque la datation archéologique ne pose pas de problème, comme pour le cas d’une sépulture Hongroise du XVIIème siècle, la discussion n’a pas lieu d’être ; ce sujet permet une description clinique et radiologique démonstrative (MOLNAR et al., 1998). Ces auteurs à l’inverse des précédents sont convaincus de la présence de la maladie dans l’Ancien Monde avant la fin du XVème siècle.
Une autre
étude est démonstrative des difficultés rencontrées et de la prudence
nécessaire pour l’analyse de chaque cas : le « crâne Romain
d’Arles » des collections du Musée Calvet était considéré comme datant de
l’antiquité tardive ou du haut Moyen age. Une étude récente avec datation
Carbone 14, le situe entre 1480 et 1663, avec un pic de probabilité maximale
entre 1518 et 1588 ; nous nous trouvons sur la période de l’extension
majeure de la syphilis en Europe. Les auteurs le considèrent comme le plus
ancien cas européen de syphilis, et ne tranchent pas entre une importation du
microbe depuis le Nouveau Monde et une modification de la pathogénicité d’un
tréponème autochtone (MAFART et al.,
1998).
*
Parasitoses :
Nous avons
noté la description d’un cas de leishmaniose, décrit chez une femme d’age moyen
(700 A.D.) dans la série Andine évoquée ci-dessus, montrant des destructions
importantes autour de la fosse nasale et de l’orbite droite. Nous savons que
cette maladie est endémique en région Andine de nos jours, liée à leismania
brasiliensis. Dans les sépultures étudiées
des chiens sont souvent associés ; animaux de compagnie et de consommation
à cette époque, nous savons qu’ils constituent, avec le singe et l’agouti, le
réservoir de virus de la maladie (GERSZTEN, op.cit.).
c Pathologies d’origine dentaire
Nous ne
détaillerons pas l’aspect purement odontologique : les multiples caries,
l’état d’usure, les malformations dentaires sont du ressort du spécialiste, et
pourraient donner lieu à une étude spécifique. Nos
tableaux « Inventaire, et Etat dentaire » seront plutôt destinés
à l’approche globale de l’état sanitaire de cette petite population de l’antiquité
tardive.
Nous avons privilégié les complications ayant laissé une trace au niveau de l’os ; elles sont très nombreuses à type d’abcès et granulomes (I/68, II/19, II/24, III/35, III/37).
Elles siègent
aussi bien sur le maxillaire que sur la mandibule.
Le sujet II/19
montre un aspect assez effrayant de ces complications, qui nous laisse imaginer
ce que pouvait être la qualité de vie de cette femme, et quel a pu être le
retentissement sur son alimentation et son état de santé ! Nous nous
sommes même posé la question devant l’énorme abcès en regard de la 12, d’un
diagnostic différentiel avec une fente palatine.
Dans 2 cas ces
infections se sont compliquées de fistules bucco-dentaires (I/77, III/35).
Si nous avons
trouvé beaucoup de lésions d’origine dentaire, nous constatons qu’elles sont
aussi très nombreuses dans la littérature ; nous n’en citerons que
quelques exemples.
L’étude d’une
momie Sicilienne du XVIIIème siècle à Comiso, dont l’intérêt
principal était la présence d’un goitre thyroïdien, constatait par ailleurs une
sévère maladie périodontale, associée à un petit ostéome au niveau de la
première prémolaire du maxillaire (CIRANNI et al., 1999).
Une
ostéomyélite massive du corps de la mandibule (Arikana A.D. 1750-85) affectant
une femme de 20 ans est associée à une infection mastoïdienne fistulisée ayant
visiblement entraîné la mort (LOVELAND, op.cit.).
A Crow Creek,
l’étude de 136 pièces comportant plus de 3 dents en place, montre de nombreuses
caries, ainsi qu’une usure pouvant exposer la pulpe ; 17 abcès dentaires
sont dénombrés, ainsi que 4 fistules bucco-dentaires, et 11 cas d’anomalies
dentaires diverses (GREGG, op.cit.).
A l’époque
classique, de nombreux cas sont cités, tel celui de cet aristocrate de Mycènes
(59 Myc.), qui montre une formation
kystique au regard d’une deuxième molaire qui s’est propagée sous forme d’abcès
au sinus maxillaire, dont les lésions inflammatoires attestent d’une longue
évolution, ou celui de ce citoyen Athénien (65 AK.) décédé vers 450 avant J.C., porteur d’une pyorrhée
alvéolaire avec un large abcès de la mâchoire (ANGEL, op.cit.).
L’étude
portant sur une population Néolithique de 92 individus en Pologne centrale
(4300-4000 B.C.) constate des problèmes infectieux, et dégénératifs (caries,
résorption alvéolaire et pertes de dents), ainsi que des anomalies du
développement (hypoplasies de l’émail). 30,1% des individus présentent des
caries, 52% des adultes, des zones de résorbions alvéolaires, et 34,5% des
pertes dentaires. Les hypoplasies de l’émail, témoins de stress sévères,
alimentaires ou pathologiques sont observées dans 67,8% des cas, ainsi que
quelques anomalies du développement ou malformations d’ordre génétique
(GARLOWSKA, 2001).
Parmi les
crânes fossiles du Pléistocène moyen (300 – 200000 B.P.) de Sima de los
Huesos, le n°5 montre une ostéite étendue du processus alvéolaire du maxillaire
gauche, allant de l’incisive latérale à la première molaire ; la mandibule
du même individu présente aussi un vaste abcès dentaire en regard de l’apex de
la deuxième incisive gauche, avec visiblement la perte des deux incisives
adjacentes ante mortem (PEREZ et
al.,1997).
Une pyorrhée
alvéolaire avait déjà été diagnostiquée sur la mandibule d’un Hominidé, le
Sinanthrope de Lantian (450000 B.C.)(WOO, 1964 in GRMEK, op.cit.).
d Pathologie mandibulaire
Nous avons une
anomalie mandibulaire congénitale : IV/46. Il s’agit d’une malformation de
la partie droite de la mandibule, dont la composante fonctionnelle principale
est une agénésie condylienne.
Ce problème est évoqué dans deux articles de paléopathologie :
-dans l’importante série de Crow Creek datée du XIVème siècle, deux anomalies mandibulaires sont décrites sur des sujets mâles adultes, malheureusement sur des mandibules dépourvues de leur crânes. Sur la première, le condyle gauche était plus haut de 2.5 cm que le droit, alors que la dentition, les surfaces articulaires, et le reste de l’os étaient normaux. Sur la seconde, le côté gauche montrait une hypoplasie congénitale de l’angle et du bord postérieur de la branche montante, et le condyle était peu développé, alors que le droit était normal. Une usure symétrique des dents suggérait une mastication normale. Les auteurs évoquent donc une microsomie hémifaciale de grade I selon la classification de CALDARELLI, (CALDARELLI et al., 1980) ; selon cette classification ce sujet avait 86% de probabilité d’une malformation ossiculaire associée, et 90.7% d’une malformation de l’oreille externe (GREGG, op.cit.).
-une aplasie
bilatérale est décrite par NAGAR et ARENSBURG, sur une mandibule vieille de
1400 ans, pour laquelle le diagnostic de microsomie hémifaciale est aussi posé.
La pièce montre une absence de condyles, un corps très ramassé et raccourci
mais de largeur normale, des processus coronoïdiens très développés ; l’insertion
creusée du muscle masséter et la présence d’un tubercule de muscle ptérygoïdien
médial, évoquent une hypertrophie des muscles de l’occlusion. Ce large
tubercule d’insertion musculaire est considéré comme une autapomorphie
Néandertalienne. L’étude de l’usure des quelques dents restantes montrait une
mandibule fonctionnelle, dont le travail principal s’effectuait sur les dents
les plus postérieures (NAGAR et ARENSBURG, 2000).
Des références sont disponibles sur ce sujet dans la littérature médicale actuelle :
Parmi celles–ci,
un article Japonais essaie d’évaluer les conséquences fonctionnelle d’une
microsomie hémifaciale chez une petite fille de 9 ans, hospitalisée pour
protrusion et déformation de la mandibule. Elle présentait une atrophie du condyle
mandibulaire droit, à laquelle était associée un hypo développement du
processus alvéolaire du maxillaire du même côté. Comme dans les cas précédents,
la tomodensitométrie des muscles masticateurs, mettait en évidence une
hypertrophie du ptérygoïdien médial, dont le but est d’essayer de maintenir un
centrage mandibulaire lors de la fonction masticatoire. Le condyle du côté
sain, doublement sollicité, présentait quant à lui un hyper développement
(NAKATA et al., 1995).
Dans les
banques de données concernant les maladies rares, comme ORPHANET, les anomalies
radiales de la microsomie hémifaciale sont classées par fréquence : sont
donnés comme signes très fréquents, l’asymétrie faciale, l’hypoplasie ou
l’absence partielle de mandibule, et le caractère autosomique dominant, et
comme signes fréquents, les surdités, les microties ou anoties, les appendices
pré auriculaires, les absences ou atrésie du conduit auditif externe, les
fistules pré auriculaires, les micromélies rhizoméliques, les polydactylies pré
axiales du membre supérieur, la triphalangie du pouce, et la scoliose ;
d’autres signes sont classés comme occasionnels, nous ne les citons pas.
Il existe donc
une grande hétérogénéité des morphotypes malformatifs, expliquée en partie par
l’embryogénèse complexe de la région, des deux premiers arcs branchiaux
(mandibulaire et hyoïdien), séparés par la première poche endoblastique à
l’origine de l’oreille moyenne, et le premier sillon ectoblastique pour le
conduit auditif externe.
Les fréquentes malformations oto-mandibulaires, dysostoses oto-mandibulaires, ou microsomie hémifaciale consistent le plus souvent en l’association d’une branche montante courte, avec une microtie.
Les syndromes
poly malformatifs familiaux sont d’origine génétique :
-syndrome de
Franceschetti et Teacher Collins : dysostose mandibulo-faciale.
-syndrome de
Goldenhar : oculo-auriculo-vertébral.
-syndrome
branchio-oto-rénal : surdité de perception, aplasie d’oreille, fistule branchiale
cervico-faciale, anomalie rénale.
En dehors de
ces problèmes malformatifs et fonctionnels, de nombreux articles décrivent des
pathologies beaucoup plus banales, telles que les arthropathies (GREGG, op.cit., HODGES, 1991, PEREZ et al., 1997), des tumeurs telles que l’ostéome
mandibulaire étudié par SCHULTZ (SCHULTZ, op.cit.), et des lésions ostéïtiques (LOVELAND, op.cit., PEREZ op.cit., ANGEL, op.cit., WOO,
1964).
2 Les diagnostics différentiels,
variations, et originalités
a Les osselets
Nous avons vu
qu’ils se conservaient bien, tout au moins le malleus et l’incus ; par contre le stapes est très fragile, et la possibilité de le
trouver in situ très faible.
Le diagnostic
d’otospongiose sera donc toujours difficile à évoquer en paléopathologie ;
nous avons déjà parlé de la seule description que nous ayons trouvée (BIRKBY, op.cit.).
La
latéralisation de ces petits osselets, pose par contre problème, car leurs
extrémités, ou leurs surfaces articulaires ont souvent été érodées.
Ces réflexions valent surtout pour l’étude la plus fréquente qui est celle de squelettes, car dans le cas de momies, comme nous l’avons déjà dit, la conservation et même l’observation in situ sera souvent possible dans de très bonnes conditions.
Dans le cadre
d’une étude précise, en particulier grâce au microscope opératoire, les
osselets peuvent même servir de marqueurs de l’otite chronique, comme dans
l’étude portant sur deux populations médiévales au Danemark :
|
Populations : |
Nordby |
Tirup |
|
Nombre de
sujets : |
169 |
490 |
|
Malleus |
52 |
486 |
|
Incus |
68 |
458 |
|
Stapes |
27 |
218 |
|
Osselets
total |
147 |
1162 |
Nous sommes étonnés du nombre de stapes observés.
Le pourcentage d’anomalies ossiculaires constatées dans la première série est de 0.7%, et de 1.1% dans la seconde, alors que pour les lésions macroscopiquement visibles sur les temporaux les taux sont respectivement de 1.4 et 6.0%(QVIST et GRØNTVED, op.cit.).
L’étude des
osselets peut donc être utilisée dans un but de dépistage des lésions
otologiques ; elle nous semble cependant difficile à mettre en œuvre, et
sa fiabilité devrait être testée sur d’autres séries, séries comportant des
osselets ce qui n’est pas toujours le cas !
b Les variations anatomiques
- Concha bullosa :
Nous en avons observé un cas (I/66), mais ce n’est pas un phénomène rare.
Il s’agit
d’une pneumatisation d’importance variable du cornet moyen pouvant se
compliquer d’une gêne respiratoire liée à l’obstruction mécanique de la fosse
nasale.
Une étude
récente portant sur 309 sujets (Broumov Ossuary, du XIIIème au XVIIIème
siècle), retrouve cette variation sur 160 crânes (51.77%) (POSPIŠILOVA, et
al., 2001).
- Rapport de proximité entre racine dentaire et fond du sinus maxillaire :
Nous en avons observé deux cas (II/30 et IV/46).
C’est une
constatation fréquente que nous recherchons sur une radiographie panoramique
des maxillaires, quand se pose à nous le problème d’une sinusite maxillaire
unilatérale.
- Variations de taille des sinus :
Ceci est
particulièrement fréquent pour les sinus frontaux et sphénoïdaux.
Pour les
premiers, la variation est presque la normalité.
Pour les
seconds par contre, nous avons observé deux cas (I/7 et II/19).
Si l’asymétrie est très importante pour le II/19, pour le I/7 se pose la question d’une agénésie : le sinus droit se présentant comme une très grande cavité, soufflée vers la gauche, cloisonnée de spicules osseux, alors que la cavité gauche est quasi virtuelle avec un ostium paraissant oblitéré.
Un examen du
crâne de l’homo erectus de Ceprano (Pléistocène moyen ancien), montre
justement une variation du sinus sphénoïdal gauche qui pénètre profondément
dans l’épaisseur de la grande aile jusqu’à la suture sphéno-temporale (ASCENZI et
al., 1997).
Nous pouvons
revenir un instant sur la taille et le développement des sinus des sujets
immatures, qui pourraient, à notre avis, venir, dans certains cas, préciser une
détermination de l’age au décès.
- Rapport du sinus latéral avec les cavités mastoïdiennes :
Il s’agit du
sujet I/81, dont nous avons parlé au chapitre des résultats.
L’empreinte de
la portion sigmoïde du sinus est verticalisée et impactée en avant ; une
lame d’os papyracé sépare la gouttière veineuse de l’extérieur, sans
interposition de cellules mastoïdiennes. Dans notre cas cette fine lame avait
même disparu, certainement du fait d’une érosion, formant une solution de
continuité entre la cavité crânienne et l’extérieur. Nous avons évoqué le
risque chirurgical lors d’une mastoïdectomie, pensons aussi au risque
traumatique par lequel une blessure de la région retro-auriculaire, même
modeste, peut se compliquer d’une hémorragie veineuse massive et rapidement
mortelle.
- Déhiscence
du canal du muscle tensor tympani
dans la fosse cérébrale moyenne : Nous n’avons trouvé aucune
documentation sur cette variation constatée sur le sujet I/9.
Il est
possible que le muscle ait été simplement recouvert par la dure mère crânienne
à ce niveau.
Dans cette
même région, et dans le même ordre d’idée, les variations de taille du trou
déchiré, fermé par une lame de dure-mère sont importantes, l’os et la méninge
se complétant.
- Kyste congénital médian alvéolaire :
Nous avons
noté une dilatation ampullaire au niveau du trou incisif, sortie du canal
palatin antérieur, pour les sujets I/7, I/77, II/17, II/30, et III/44.
A partir de quelle taille peut-on suspecter la présence d’un kyste
congénital ? Le problème reste posé, d’autant que nous n’avons pas trouvé
pour l’instant de renseignement dans notre revue de la littérature.
- Déhiscence congénitale des tympanaux :
Nous avons
constaté cette particularité sur le sujet immature III/44.
Anomalie
parfaitement symétrique correspondant visiblement à un défaut de
l’ossification. Aucune conséquence fonctionnelle n’est envisagée, les condyles
mandibulaires en regard sont normaux. Là aussi, nous n’avons aucune référence
dans la littérature.
Notons que
nous avons de plus enregistré chez ce sujet, un kyste ayant pour point de
départ le germe d’une canine définitive sur le rebord inférieur de la mandibule
(Figure 34 photo).
La dentition
presque parfaite de cet enfant, dont l’age estimé était de 5 à 9 ans, nous a
permis de réaliser une iconographie détaillée, dans l’optique d’un usage
ultérieur comme référentiel d’une anatomie pour une fois parfaitement
normale !
c Les surprises
Dans la boite
dentaire du sujet I/9 nous avons trouvé une dent qui a attiré notre attention,
par des cuspides déchiquetées, ressemblant beaucoup à des anomalies rencontrées
lors de syphilis congénitales, en principe sur des incisives. Nous avions par
contre deux racines, mais une fusion aurait pu être envisagée, et la découverte
d’une syphilis de l’antiquité tardive était quelque chose d’excitant !
Les spécialistes du quaternaire ont rapidement fait tomber les spéculations en reconnaissant une seconde prémolaire inférieure de cochon ou de sanglier !
B
Approche d’un état sanitaire global.
Nous manquons malheureusement de renseignements sur la population que nous avons étudiée : aucun document historique n’avait été trouvé lors de précédentes études.
Nous n’avons pas non plus de données climatiques précises sur cette période allant du IVème au VIème siècles.
Toutes ces
personnes mortes en même temps, nous montrent un tableau classique de crise de
mortalité de type épidémique. Les récentes analyses d’ADN bactérien ont
confirmé le diagnostic évoqué de peste (DRANCOURT et al., 2004), et nous savons que la première pandémie de
cette maladie a fait le tour du bassin méditerranéen au VIème
siècle ; son point de départ évoqué était l’Egypte, où la maladie aurait
sévi depuis plus de deux mille ans. La puce du rat d’Egypte porteur sain, se
serait ensuite adaptée au rat noir venu d’Asie, qui s’est ensuite répandu
progressivement vers l’Europe en propageant la maladie surtout dans les zones
urbaines. Les auteurs ont alors parlé de peste Justinienne (PANAGIOTAKOPULU,
2004).
Notre
population est bien une population urbaine de l’antiquité tardive, et nous
pouvons imaginer qu’il s’agit plutôt de personnes modestes, d’artisans.
Les seuls
marqueurs de santé utilisables que nous ayons pour cette population prise dans
son ensemble sont d’une part l’état dentaire, et d’autre part les signes de
carence martiale : l’état dentaire est très mauvais, et nous observons trois cas de cribra orbitalia pour nos 36 sujets !
La prévalence de pathologies infectieuses (oreilles et sinus), qui a aussi pu être utilisée comme marqueur, nécessite l’étude de séries beaucoup plus importantes.
Nous n’avons
trouvé que peu de chose sur cette approche type Santé Publique, qui nous paraît
passionnante.
Nous avons déjà
parlé de l’étude d’une population néolithique de Pologne centrale de 92
individus (4300-4000 B.C.) ; un inventaire dentaire complet y est réalisé
par l’auteur à la recherche de caries, résorptions alvéolaires, pertes de
dents, et hypoplasies de l’émail.
Des caries sont
observées chez 30.1% des individus, caries localisées essentiellement sur les
surfaces mésiodistales et buccales des molaires, à l’exception d’un cas sur une
seconde prémolaire, et d’une seule carie de la surface occlusale. Ce type de
localisation est généralement rapporté à un manque d’hygiène de la cavité
buccale. Aucune implication quant à l’alimentation n’est évoquée.
La résorption
alvéolaire est notée dans 52% des cas chez les adultes, surtout chez les
hommes, et les pertes de dents dans 34.5% des cas.
Les hypoplasies
de l’émail, bien connues comme marqueurs de stress, surtout dans le cas de
carences alimentaires, sont notées dans 67.8% des cas ! La fréquence des
hypoplasies semble plus importante pour les hommes.
En parallèle
une fréquence importante de cribra orbitalia était observée : 34.9%. L’importance de cette pathologie peut
être associée à une période d’intensification de l’agriculture, avec
modification de l’équilibre alimentaire ; période où par ailleurs les
populations se regroupent de plus en plus en communautés, avec une occupation
permanente des villages, en promiscuité avec des animaux domestiques, une
hygiène précaire, facteurs
favorisants pour le développement des virus, bactéries et champignons
pathogènes (GARLOWSKA, op.cit.).
Une autre étude qui prend comme indicateur les séquelles d’otites chroniques, dans deux populations ayant vécu dans une même région du Danemark, à deux époques médiévales différentes, XIème et XIVème siècles, constate un accroissement net des pathologies pour l’époque la plus récente (de 1% à 7%). Les auteurs concluent à une détérioration des conditions de vie, ce que confirment leurs recherches sur le plan démographique et historique.
Ils développent
par ailleurs la théorie d’un « ostéological paradox » (WOOD et
al., 1992), qui consiste à dire que les individus présentant des séquelles
importantes sont en fait ceux qui sont en meilleure santé, puisqu’ils ont
réussi à survivre à leur maladie (QVISTet GRØNTVED, op.cit.) !
Dans le même ordre d’idée l’étude de cimetières de classes sociales différentes à l’époque Mérovingienne, constate une prévalence de pathologies infectieuses otitiques dans celui dévolu aux classes pauvres, par rapport à celui des princes (SCHULTZ, op.cit.).
A l’évidence,
de bonnes conditions de vie, tant du point de vue de l’habitat, que de la
nourriture, permettent d’une part d’être moins exposé aux agents pathogènes, et
aux facteurs irritants (fumée dans les maisons), et d’autre part d’avoir un
système immunitaire en parfait état de fonctionnement.
Ce même auteur
propose aussi une approche environnementale dans son article sur les tumeurs
osseuses : il relie le nombre important de tumeurs des sinus para-nasaux,
à une inflammation chronique des voies respiratoires supérieures liée aux
mauvaises conditions de vie dans les habitats populaires Mérovingiens privés de
cheminées.
Ces
constatations restent valables de nos jours, quand nous voyons par exemple la
recrudescence de la tuberculose dans notre « quart monde », ou les
milieux de l’immigration.
L’interprétation sociale de la paléopathologie est très intéressante ; il faut cependant rester prudent dans les analyses, car ces hypothèses sont souvent avancées à partir de l’étude de petites séries !
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